8:17 - February 12, 2019
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Coiffée d’un hijab et observant les travers d’Hollywood avec son regard aiguisé de cinéaste, l’Américaine d’origine indienne, la souriante Lena Khan, tente de se frayer un chemin dans la grande usine à rêves (ou à cauchemars…) du septième art, en veillant à ne pas y perdre son âme.
Soucieuse de préserver sa singularité dans la puissante industrie du trompe-l’œil, là où les stéréotypes anti-musulmans sont d’autant plus tenaces qu’ils sont constamment ravivés sur grand écran, cette prometteuse réalisatrice musulmane, dotée également d’une belle plume, trace son sillon envers et contre tout, hors des sentiers battus et loin des soirées grisantes où il faut être et se faire voir.
 
« C’est très difficile d’être une cinéaste à Hollywood, quand on est femme, musulmane et revêtue d’un hijab, c’est certain », soupire-t-elle avec lucidité, sans pour autant renoncer à passer derrière la caméra et assouvir une passion pour l’image et la narration d’histoires qui ne s’est jamais émoussée.
 
Pourtant, lorsqu’elle était enfant, fascinée par son institutrice dont elle buvait les paroles, elle se voyait bien enseigner un jour, à son tour, afin de transmettre un savoir. Mais en grandissant, après avoir fait l’amer constat que « personne n’apprend plus des enseignants », selon ses propres termes, et en revanche « beaucoup plus des films, notamment ceux qui abordent des sujets sociétaux », Lena Khan a trouvé un autre moyen d’expression pour faire vibrer sa fibre pédagogique et créative : elle est passée allègrement de la salle de classe aux salles obscures, en faisant fi des jugements hâtifs et autres a priori négatifs qui fusaient de tous côtés, à la fois de sa famille et du show-business.
 
« A mes débuts, quand je faisais mes premiers pas de réalisatrice, les membres de ma communauté, dont des proches, et surtout ceux issus d’Asie du Sud, ne rataient pas une occasion de critiquer mon choix, de me déstabiliser, en me lançant sur un ton méprisant : Pourquoi entamer une carrière aussi stupide ? », a-t-elle relaté, en se livrant à cœur ouvert.
 
Au même moment, dans les coulisses hollywoodiennes, Lena Khan était perçue comme une intruse, une « alien », dont on remettait en cause les capacités à mettre en scène un film, à diriger une équipe de tournage et des acteurs, d’autant plus qu’elle refusait de se perdre dans un univers de paillettes et de faux-semblants, frisant souvent le sordide, aux antipodes du sien.
 
« Je n’irai jamais traîner dans des soirées ou des bars jusqu’à 2 heures du matin, ce qui peut parfois causer beaucoup de problèmes, car c’est souvent là que vous pouvez rencontrer des personnes influentes du show-business, des décideurs de la télévision. Alors, pour contourner cet écueil et préserver ma liberté à tout prix, j’ai décidé de produire mes propres films », explique-t-elle.
 
Sa persévérance aura fini par payer, puisque Lena Khan, après être venu à bout de bien des obstacles infranchissables, a pu réaliser en 2017 et avec succès son premier film « The Tiger Hunter », à laquelle elle a apporté son talent de scénariste/dialoguiste. C’est sous l’angle de la comédie qu’elle a choisi de traiter l’arrivée mouvementée aux Etats-Unis d’un immigrant indien, alors même que le décret migratoire infâme de Trump, le « Muslim Ban », soulevait une houle d’indignation.
 
« J’aime passionnément ce que je fais. J’ai l’impression que cela a de la valeur. J’espère seulement que les résultats de mes efforts et de mon travail seront à la hauteur d’Allah », confie avec humilité, comme si elle prononçait une prière, la cinéaste voilée d’Hollywood. Une cinéaste pleine d’avenir qui voit subitement des portes s’ouvrir devant elle, notamment celles des studios Disney, et ce, sans jamais avoir vendu son âme au diable.
oumma
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