8:23 - August 11, 2019
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C'est ce dimanche que les Musulmans célèbrent l'Aïd el-Kebir, la fête du sacrifice qui commémore la volonté d'Abraham de sacrifier son fils pour Dieu.
La coutume veut qu'à cette date, on sacrifie une bête, le plus souvent un mouton, une chèvre ou un bovin mais sans l'étourdir au préalable (c'est-à-dire sans lui faire perdre connaissance avant la saignée), ce qui rend la viande "halal".
 
Cet abattage sans étourdissement a été interdit par décret en Flandre depuis le mois de janvier et il le sera en Wallonie dès le mois de septembre. Bruxelles est donc la seule région du pays qui l'autorise encore, à condition qu'il ait lieu dans un abattoir fixe, les abattoirs temporaires ayant été interdits. De ce fait, le seul abattoir encore habilité (agréé par l'AFSCA) à procéder à des abattages sans étourdissement en Belgique est (ou plutôt sera, à partir de septembre) celui d'Anderlecht.
 
Son responsable communication indique avoir été sollicité par les régions voisines, mais ne pas être en mesure d'augmenter la capacité de ses installations pour la fête du sacrifice. "La demande bruxelloise est déjà très élevée", précise Paul Thielemans, qui s'interroge sur les effets d'une interdiction de l'abattage sans étourdissement à Bruxelles, qu'il qualifie d'"hypocrisie qui verrait l'importation de viande augmenter depuis les pays autorisant l'abattage rituel". Mais avant d'être économique, ce débat délicat est surtout éthique et pose la question de la liberté de religion. 
 
Ethique Vs liberté de religion
A l'occasion de la fête du sacrifice, 17 associations ont adressé une lettre ouverte au nouvel exécutif bruxellois dans laquelle elles lui demandent d'adopter sans tarder une interdiction pure et simple de l'abattage sans étourdissement. "L'étourdissement obligatoire est le seul moyen d'épargner aux animaux des souffrances et une détresse sévères et prolongées, aussi inutiles qu'évitables techniquement", soutient Michel Vandenbosch, président de GAIA, co-signataire de la lettre avec notamment l'Union Professionnelle Vétérinaire.
 
Aujourd'hui, la Flandre et la Wallonie ont opté pour l'électronarcose, qui utilise un choc électrique pour étourdir l'animal, alors insensibilisé avant d'être tué. 
 
Mais la religion musulmane considère qu'une bête tuée alors qu'elle est déjà inconsciente est impure. L'interdiction de l'abattage sans étourdissement est de ce point de vue vécu comme une atteinte à la liberté de culte.
 
Dans un communiqué, l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) regrette "que le nombre de sites d’abattages ait été réduit à un minimum et que la capacité d’abattage à l’occasion de la fête du sacrifice est mise sous pression". Il assure par ailleurs qu'"il continuera à mener les discussions afin de défendre la communauté musulmane dans sa pratique cultuelle quotidienne, dans le respect de la loi et des convictions de chacun".
 
La justice européenne tranchera
D'autres organisations religieuses musulmanes et juives avaient introduit dès 2017 un recours contre les décrets flamand et wallon interdisant l'abattage sans étourdissement devant la Cour constitutionnelle. Celle-ci ne s'est pas encore prononcée, renvoyant la balle à la justice européenne, en l'occurrence la Cour de Justice de l'Union Européenne saisie de plusieurs questions préjudicielles. Objectif: vérifier la légalité de la mesure avec le Règlement européen. Celui-ci autorise les abattages sans étourdissement lorsqu’ils répondent à un rite religieux, à condition qu’ils aient lieu dans un abattoir agréé et permanent. Cependant, il permet aussi aux États membres d'appliquer des règles plus strictes. 
 
La Cour constitutionnelle belge, ainsi que les autorités bruxelloises, attendent aujourd'hui que la justice européenne tranche, avant de prendre position. La suite du dossier sera donc à suivre au Luxembourg, où siège la Cour de Justice de l'Union Européenne.
RTBF
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