Un sondage révélateur d'une islamophobie latente qui s'expose de plus en plus depuis la loi du 15 mars 2004 interdisant le port des signes religieux dans les écoles primaires et secondaires. Considérée comme une loi liberticide et islamophobe, quelques structures, à commencer par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), se battent contre ce fait social qui a tendance à s'institutionnaliser. Mais elles ont du mal à s'affirmer. Depuis peu, une nouvelle structure a vu le jour: la Coordination contre le Racisme et l'Islamophobie (CRI). Abdelaziz Chaambi, son fondateur, s'explique sur sa création pour Saphirnews.
Saphirnews: Pourquoi avoir créé la Cordination contre le Racisme et l'Islamophobie (CRI)?
Abdelaziz Chaambi: Tout simplement parce qu'il y a une montée en puissance de l'islamophobie en France, surtout depuis la loi du 15 mars 2004 qui vise les musulmans en premier lieu, quoi qu'on en dise. En interdisant le port du voile, la République française a décidé d'exclure nos femmes et nos filles de l'espace public et c'est inadmissible car au nom de la laïcité, on fait de la discrimination. Dernièrement, je suis intervenu dans une affaire impliquant un frère souhaitant se marier. Il lui a été indiqué par une fonctionnaire municipale que la mairie du 8ème arrondissement (de Lyon, ndlr) pouvait ne pas célébrer son mariage car sa femme est voilée... et les exemples sont nombreux. L'ampleur de la discrimination en France est telle qu'on a recensé près de 220 000 actes discriminatoires en 2006. Seulement 50 cas ont fait l'objet d'un jugement mais les actes islamophobes ne sont pas comptabilisés, d'où l'importance d'un observatoire capable de mesurer au plus prêt l'ampleur du phénomène. Les organismes existants actuellement, du type CFCM (Conseil français du culte musulman, ndlr), Licra (Ligue internationale contre le Racisme et l'Antisémitisme, ndlr) et SOS Racisme, ne prennent pas le problème à bras le corps. Il manque un outil en France capable de combattre efficacement l'islamophobie et la CRI aspire à être celui-ci.
-Vous dénoncez, comme beaucoup, l'islamophobie institutionnelle. Mais sur ce plan, le CCIF (Collectif contre l'Islamophobie en France) et le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié des peuples) partagent le même combat. Pourquoi ne pas les rejoindre tout simplement? Pourquoi fragmenter davantage la cause?
-Concernant le MRAP, il est bien l'un des seuls à se positionner sur ce terrain. Mais beaucoup en son sein veulent la peau de Mouloud Aounit (président du MRAP, ndlr). De plus, il nous faut un outil plus spécialiste sur la question comme il y en a pour l'antisémitisme. Le travail de la CRI est complémentaire à celui du CCIF. Ce collectif traite des affaires d'islamophobie sur le plan juridique; la CRI sur le plan politique.
-Mais justement pourquoi ne pas appuyer le CCIF dans vos démarches pour donner plus de crédibilité à ce combat tant légitime? Le collectif a déjà beaucoup de mal à s'affirmer...
-Je suis bien entendu pour une cohésion de tous. Cependant, chacun a sa manière de combattre. Le CCIF ne veut pas ébruiter certaines de leurs affaires en cours. Contrairement à celui-ci, la CRI choisit une posture offensive, on ne veut pas se laisser faire. J'ai un parcours militant depuis de nombreuses années et ce n'est pas aujourd'hui que je vais baisser ma tête. Je n'accepte pas que nos filles soient exclues de la société et je ne veux pas que l'Islam reste discret en France comme certains responsables musulmans le veulent. L'islamophobie en France est telle que beaucoup veulent camoufler leur islamité par peur. Beaucoup comme moi n'ont pas honte d'être musulmans et on veut se battre pour reconnaître nos droits.
-Quels moyens avez-vous à votre disposition? Pensez-vous être plus efficace que les autres acteurs?
-A terme, on veut bien être l'interlocuteur privilégié sur les questions de l'islamophobie comme la Licra et le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France, ndlr) le sont pour les questions d'antisémitisme et de révisionnisme. Pour cela, on va interpeller la classe politique en faisant un maximum de bruit au niveau médiatique et en conduisant des campagnes ciblées et des actions dites spectaculaires. Aujourd'hui, les cotisations personnelles sont nos principales ressources mais on va vite solliciter des subventions publiques et des mécènes pour nous renforcer. Mais l'argent n'est pas forcément le premier critère de l'efficacité! Aller occuper le bureau d'un député, manifester ou faire interdire un colloque ne nécessite aucun frais. Il faut juste des hommes et des femmes bien décidés à se battre sur le terrain. On a actuellement une soixantaine de personnes à Lyon prêts à agir dont un avocat prêt à défendre nos intérêts gratuitement et je suis sûr que la CRI va drainer beaucoup plus de monde dans les semaines et mois à venir.
Source: saphirnews