8:56 - September 02, 2026
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S’enliser dans les coûts de la guerre : le prix du bellicisme israélien

S’enliser dans les coûts de la guerre : le prix du bellicisme israélien

Par Ali Maroufi Arani, chercheur en sionisme et judaïsme

 

« Israël sera confronté en 2027 à l’une des périodes économiques les plus difficiles et les plus complexes de son histoire. » C’est l’avertissement lancé par Shay Aharonovitch, directeur de l’Autorité fiscale israélienne, dans un entretien accordé au quotidien Yedioth Ahronoth. Pour sortir de cette crise, l’adoption de mesures immédiates et exceptionnelles sera inévitable. Parmi les mesures envisagées figurent l’augmentation des impôts, la suppression de certaines exonérations fiscales et une forte réduction des dépenses publiques.

 

Cette situation intervient alors que le prochain gouvernement israélien, qui sera formé après les élections prévues à la fin du mois d’octobre, devra faire face à un déficit budgétaire considérable et à une accumulation d’engagements financiers devenus difficilement maîtrisables.

 

Un déficit budgétaire qui devient structurel

 

Le futur gouvernement sera confronté à un profond déséquilibre financier, conséquence de plusieurs années de dépassement du plafond budgétaire, de l’augmentation incontrôlée des dépenses militaires et de l’affectation de milliards de shekels aux engagements résultant des accords de coalition.

 

La situation se complique encore avec l’augmentation de plusieurs dizaines de milliards de shekels du budget de l’armée. À cela s’ajoutent de nouveaux engagements évalués à 400 milliards de shekels, soit environ 134 milliards de dollars, pour la prochaine décennie. Aucun mécanisme de recettes durables n’a toutefois été prévu pour financer l’ensemble de ces dépenses.

 

Cette évolution risque de transformer le déficit actuel en un déficit structurel et chronique, dont la maîtrise deviendra extrêmement difficile dans les prochaines années.

 

Shay Aharonovitch a de nouveau mis en garde contre les conséquences de cette situation. L’augmentation du déficit et des engagements financiers placera le prochain gouvernement devant la nécessité de prendre rapidement des mesures exceptionnelles. Celui-ci devra donc choisir entre une augmentation de la pression fiscale, une réduction des dépenses publiques et la recherche de nouvelles ressources financières.

 

Les dépenses militaires face aux besoins de la population

 

La hausse des dépenses militaires intervient alors que les secteurs de la santé, de l’éducation, des services sociaux et des infrastructures ont eux-mêmes besoin de ressources supplémentaires.

 

Les guerres successives menées contre la République islamique d’Iran, le Hezbollah et le Hamas ont provoqué un important déséquilibre économique et financier. L’Institut d’assurance israélien a également averti que ses réserves financières pourraient être épuisées d’ici 2036. Sans un financement supplémentaire de l’État ou une augmentation des cotisations, l’organisme pourrait ne plus être en mesure de remplir intégralement ses obligations légales.

 

Depuis 2023, ses dépenses dépassent déjà ses recettes.

 

Dans le même temps, le système éducatif est confronté à une baisse du niveau scolaire et de la qualité de l’enseignement. Le nombre d’élèves ne maîtrisant pas les matières fondamentales augmente, ce qui rend nécessaires des réformes structurelles et des financements importants.

 

La situation du secteur de la santé révèle également l’ampleur des difficultés. Dans les territoires occupés, on compte seulement 3 lits hospitaliers pour 1 000 habitants, contre une moyenne de 4,2 dans les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Le nombre de médecins atteint 3,5 pour 1 000 habitants, contre 3,9 en moyenne dans ces pays, tandis que le nombre d’infirmiers est de 5,6 contre 9,2.

 

La guerre contre l’Iran et l’explosion des dépenses militaires

 

Les guerres menées par Israël contre l’Iran n’ont pas seulement produit des conséquences militaires. Elles ont également accentué les pressions économiques sur Israël lui-même.

 

Les dépenses privées de consommation ont diminué de 4,7 %, après une baisse de 4,6 % au trimestre précédent, confirmant la poursuite du recul de la demande intérieure. Dans le même temps, les dépenses militaires ont augmenté de 9 %, dans un contexte marqué par la poursuite des opérations militaires et l’état de guerre.

 

Cette évolution place le gouvernement devant une équation particulièrement difficile : financer l’augmentation considérable des dépenses militaires tout en empêchant une nouvelle détérioration de l’éducation, de la santé, des services sociaux et des infrastructures.

 

La combinaison d’une réduction des impôts en période de guerre et d’inflation avec une croissance sans précédent des dépenses militaires risque de pousser l’économie israélienne vers une spirale faite d’inflation, de déficit et d’instabilité financière.

 

Le budget de 2026 a été adopté avec un objectif de déficit de 4,9 % du produit intérieur brut. Pourtant, les dépenses liées à la guerre ont augmenté de 120 % par rapport à la période précédant le conflit, atteignant 143 milliards de shekels.

 

L’agence de notation Fitch a, face à ces pressions financières, abaissé à « négative » la perspective de la note de crédit d’Israël et prévoit que le déficit budgétaire pourrait atteindre environ 7,5 % du PIB.

 

Un autre problème majeur concerne la mobilisation massive des réservistes et le départ des travailleurs étrangers. Cette situation a entraîné une pénurie de main-d’œuvre et une hausse des salaires, particulièrement dans l’agriculture, la construction et les secteurs technologiques, augmentant ainsi les coûts supportés par les entreprises.

 

Une croissance économique en recul et la nécessité d’une action des pays musulmans

 

L’ensemble de ces difficultés a conduit la banque centrale des territoires occupés à revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026. La prévision est passée de 5,2 % en janvier à 3,8 %, tandis que certains experts estiment que cette baisse pourrait encore s’accentuer.

 

Israël a certes réussi à préserver certains de ses indicateurs macroéconomiques des conséquences de la récente guerre de quarante jours. Mais les difficultés économiques accumulées depuis le 7 octobre, à la suite des guerres successives, menacent désormais les principaux secteurs de son économie, notamment la technologie et l’industrie scientifique.

 

La poursuite des conflits, l’augmentation des dépenses militaires et l’aggravation des déficits font peser une pression croissante sur l’avenir économique d’Israël. Derrière les chiffres du budget et de la croissance se dessine une réalité plus profonde : les ressources consacrées aux guerres réduisent progressivement la capacité à répondre aux besoins économiques et sociaux de la population.

 

Face à cette situation, les pays musulmans doivent renforcer leurs initiatives et assumer davantage leurs responsabilités. Ils doivent exercer une pression économique plus importante sur Israël et ne pas lui permettre de se considérer à l’abri des conséquences de ses politiques et de ses guerres.

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