1:18 - September 16, 2026
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La Palestine meurtrie racontée à travers les œuvres de Souleiman Mansour

IQNA-L’exposition « Palestine, terre meurtrie », consacrée au célèbre artiste palestinien Souleiman Mansour, a ouvert ses portes le 13 septembre à  l’Institution artistique Hozeh Honari de Téhéran.

L’exposition « Palestine, terre meurtrie », consacrée au célèbre artiste palestinien Souleiman Mansour, a ouvert ses portes le 13 septembre à  l’Institution artistique Hozeh Honari de Téhéran.

Présentant 17 œuvres de l’artiste, cette exposition propose de découvrir, à travers la peinture, la terre, la souffrance, la résistance et la vie du peuple palestinien. Elle cherche également à replacer le travail de Mansour dans le contexte historique, social et culturel dans lequel il s’est développé.

 

L’exposition est organisée sous la direction de Mohammad Reza Vahid-Zadeh, en collaboration avec le Centre des arts visuels du domaine artistique. Elle présente une sélection d’œuvres de Souleiman Mansour tout en revenant sur une partie de son parcours artistique et sur les conditions qui ont influencé la formation de son langage pictural.

 

Selon Mohammad Reza Vahid-Zadeh, commissaire de l’exposition, l’idée d’organiser un programme consacré à Souleiman Mansour est née des recherches menées ces dernières années par l’Institut de recherche artistique sur l’art palestinien. Ces recherches ont notamment abouti à la publication de l’ouvrage « Peinture et protestation », tandis qu’un autre livre, intitulé « Une empreinte sur la pierre », est en cours d’impression. Ces travaux portent sur l’art palestinien et sur les artistes qui ont participé à son développement.

 

C’est dans le cadre de ces recherches que Souleiman Mansour a retenu l’attention comme l’une des figures importantes de l’art palestinien. L’idée était alors d’organiser non seulement une rencontre spécialisée consacrée à son œuvre, mais également une exposition permettant au public de découvrir directement ses travaux. Parallèlement, le Centre des arts visuels du domaine artistique préparait lui aussi une activité autour du même sujet. Les deux initiatives ont finalement été réunies afin d’organiser ensemble la rencontre et l’exposition.

 

Vahid-Zadeh souligne toutefois que l’objectif de la sélection n’était pas de réduire l’œuvre de Mansour à sa seule dimension politique. Si une grande partie de ses peintures entretient un rapport avec la Palestine, l’occupation et les conditions sociales de ce territoire, son œuvre possède également un langage artistique propre. L’artiste, explique-t-il, a lié son expérience personnelle à l’expérience collective du peuple palestinien. Il s’est appuyé sur différents éléments de la vie quotidienne, de la nature, de la terre et de la culture locale pour construire son univers visuel.

 

L’exposition entend ainsi permettre au public de découvrir à la fois une figure majeure de l’art palestinien et la relation qui s’établit, dans son travail, entre création artistique et conditions sociales.

 

La présentation des œuvres a cependant été confrontée à une difficulté importante : l’accès aux œuvres originales. Parmi les pièces sélectionnées, quatre originaux sont conservés au Musée d’art contemporain, mais leur transfert et leur présentation n’ont pas été possibles. Les organisateurs ont donc eu recours à des reproductions de haute qualité afin que cette difficulté n’empêche pas la tenue de l’exposition.

 

Cette question revêt une importance particulière dans le cas de Mansour, car plusieurs de ses œuvres originales ne sont plus en possession de l’artiste. Certaines ont été présentées dans différentes expositions à travers le monde et ne sont jamais revenues en Palestine. D’autres ont disparu ou ont été volées, tandis que certaines ont été détruites lors d’attaques ou dans des situations de crise.

 

Vahid-Zadeh raconte ainsi que, dans certains cas, disposer simplement d’une image de qualité d’une œuvre constitue déjà quelque chose d’important pour l’artiste lui-même. Lorsqu’une exposition avait été organisée au Musée d’art palestinien, le chercheur avait découvert que certaines œuvres originales de Mansour y étaient conservées. Lorsqu’il l’a appris, l’artiste s’est réjoui et lui a demandé de lui fournir des reproductions de haute qualité afin qu’il puisse en conserver une version en Palestine.

 

Cette situation montre, selon le chercheur, qu’une œuvre de Mansour n’est pas simplement un objet artistique. Elle constitue également une partie de sa mémoire personnelle et de la mémoire collective. Lorsque l’artiste ne peut plus disposer de ses œuvres originales, même leur reproduction photographique acquiert une valeur particulière.

 

Les conditions difficiles dans lesquelles Souleiman Mansour a vécu ont également influencé son parcours artistique. Selon les récits rapportés sur sa vie, il transportait ses œuvres d’une exposition à l’autre dans un contexte où il existait toujours un risque que le lieu d’exposition soit attaqué ou que les tableaux soient détruits au cours des affrontements. L’artiste ne disposait donc pas même de la sécurité nécessaire pour préserver ses propres créations.

 

Ses amis et collaborateurs lui auraient parfois dit que peu importait ce qu’il peignait, à condition que les œuvres puissent être rapidement retirées et transportées hors du lieu en cas de danger. Cette situation aurait influencé sa manière de travailler et l’aurait conduit à privilégier des cadres et des œuvres de plus petite taille, plus faciles à déplacer.

 

Un autre épisode évoqué par Vahid-Zadeh concerne le choix de Mansour et de plusieurs de ses amis de boycotter Israël et les produits fabriqués dans le pays. Cette décision s’est également reflétée dans leur pratique artistique. Ils ont cherché à ne pas utiliser les peintures, les toiles et les outils importés d’Israël et ont privilégié des matériaux locaux tels que le henné, les plantes et le bois brûlé. Ce choix n’était donc pas seulement technique : il exprimait aussi une volonté de s’appuyer sur des éléments locaux et identitaires.

 

Dans l’œuvre de Mansour, le matériau utilisé pour peindre peut ainsi lui-même devenir porteur de sens et exprimer le rapport de l’artiste à sa terre et à sa culture.

 

Le rapport de Mansour à la boue et à la terre remonte également à son enfance. L’artiste a grandi dans un village où sa grand-mère avait construit un four en terre dans lequel elle faisait cuire le pain. Cette expérience est restée dans sa mémoire et la boue a ensuite intégré son processus artistique.

 

Mansour appliquait de la boue sur la surface de ses œuvres. Celle-ci séchait ensuite et se fissurait. Dans un premier temps, cette transformation ne lui plaisait pas. Mais il a progressivement compris que ces fissures pouvaient elles-mêmes devenir une partie du sens de l’œuvre. L’usure et la dégradation de la boue lui rappelaient alors l’état d’une terre constamment confrontée aux dommages et à la destruction. Une caractéristique physique du matériau devenait ainsi le symbole d’une expérience humaine palestinienne.

 

Pour Vahid-Zadeh, l’une des raisons de la longévité de l’œuvre de Mansour réside précisément dans sa capacité à transformer une expérience individuelle en expérience collective. Ses tableaux ne racontent pas seulement la vie personnelle d’un peintre : ils ont contribué à constituer une partie de la mémoire visuelle du peuple palestinien.

 

Lorsqu’il est question de l’identité visuelle du Palestinien contemporain, le rôle de Mansour ne peut, selon lui, être ignoré. L’artiste a réussi à associer des éléments simples comme la terre, la maison, la nature, l’être humain et la mémoire pour créer un langage visuel qui dépasse son expérience personnelle.

 

Dans cette perspective, Souleiman Mansour apparaît comme l’une des figures culturelles importantes de la Palestine et comme un artiste influent de l’art contemporain.

 

Le commissaire estime également que ses œuvres constituent une source importante pour comprendre la vie du Palestinien contemporain. Les informations et les reportages peuvent transmettre une partie des événements politiques et sociaux, mais l’art permet d’enregistrer une autre dimension de cette réalité : celle des émotions, de la mémoire et de l’identité.

 

Mansour s’est intéressé dans ses œuvres à des sujets concrets et quotidiens pour les Palestiniens. C’est ce lien avec la vie des populations qui permet à ses tableaux de conserver leur signification au-delà du moment de leur création. Ils continuent ainsi à pouvoir être regardés et interprétés.

 

La présentation de ses œuvres en Iran constitue, dans ce contexte, une occasion de mieux faire connaître l’art contemporain palestinien au public iranien.

 

Vahid-Zadeh considère enfin l’exposition « Le peintre d’une terre meurtrie » comme une étape d’un travail de recherche et de création artistique plus vaste. L’art palestinien ne se limite pas à un seul artiste et de nombreuses autres figures ont participé à ce courant. Il estime donc nécessaire de poursuivre les recherches sur ces artistes et de présenter davantage leurs œuvres dans le cadre d’expositions et de programmes spécialisés.

 

L’objectif est notamment que l’art palestinien ne soit pas considéré uniquement, lors de périodes particulières, comme un sujet politique, mais qu’il soit étudié comme un courant artistique possédant une histoire, un langage, une expérience et des caractéristiques esthétiques propres.

 

Dans les œuvres présentées, la relation entre l’être humain et la terre occupe une place centrale. La terre et les éléments naturels ne constituent pas uniquement des matériaux ou des éléments visuels : ils participent à la représentation de l’identité palestinienne. Les tableaux de Mansour parlent ainsi de personnes qui ont vécu leur terre, leur maison et leurs souvenirs dans des conditions difficiles.

 

C’est pourquoi ses œuvres se situent, selon le commissaire, à la frontière entre l’art et le document historique. Elles permettent de transmettre une expérience humaine façonnée par la guerre, l’occupation, les déplacements et les crises, tout en la conservant dans une forme artistique.

 

L’exposition rappelle également que l’art peut servir de moyen de transmission des expériences historiques entre les peuples. En découvrant les œuvres de Mansour, le public iranien est confronté au récit d’un artiste qui témoigne d’une société ayant vécu pendant des années avec la guerre, l’occupation, les migrations et les crises. Cette rencontre par l’intermédiaire de l’art offre une autre manière d’appréhender la question palestinienne, en mettant l’accent non seulement sur les événements politiques, mais aussi sur l’expérience des personnes et sur les conséquences de ces événements dans leur vie.

 

Souleiman Mansour a consacré une partie importante de son activité artistique à cette conservation de l’expérience et de la mémoire. L’exposition « Palestine, terre meurtrie » constitue ainsi une tentative de présenter une partie du patrimoine visuel palestinien et de revenir sur l’œuvre d’un artiste qui n’a jamais séparé sa vie de son art.

 

La persistance de ses œuvres, alors que nombre d’entre elles ont été détruites ou sont devenues inaccessibles à l’artiste, montre enfin que la valeur d’une création ne dépend pas uniquement de sa présence physique. L’image, la mémoire et l’impression laissée dans l’esprit du spectateur peuvent elles aussi contribuer à assurer la continuité d’une œuvre.

 

L’exposition est ouverte jusqu’au 14 octobre, du samedi au mercredi, de 9 heures à 18 heures, au centre Hozeh Honari, à Téhéran.

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