La mosquée est située juste à côté de la zone verte, le secteur ultra-protégé de la capitale irakienne où se trouvent le gouvernement irakien et l'ambassade américaine. Un véhicule blindé de l'armée irakienne est posté juste devant la porte d'entrée de la mosquée. A l'intérieur, deux civils surveillent la porte Kalachnikov en main.
"Les gens viennent ici pour trouver un réconfort, de l'apaisement alors c'est vrai que c'est gênant de voir des armes. Mais, c'est vrai aussi qu'il faut être protégé", reconnaît Taha Mohamed, l'imam de la mosquée.
Pour éviter les attentats à la voiture piégée ou le mitraillage des fidèles devant les mosquées -événements qui étaient devenus fréquents- il est interdit aux véhicules de circuler le vendredi entre 11h00 et 15h00 dans la capitale irakienne. Certaines semaines, cette interdiction est même prolongée jusqu'à 19h00. Le vendredi, jour de repos chez les musulmans, les rues de Bagdad se vident et on a la soudaine impression de se retrouver dans une ville fantôme.
"C'est une bonne chose. On peut voir si quelqu'un vient pour tirer", conclut Hassan Asim Khalid, qui de toutes façons, comme la plupart des fidèles de la mosquée, est toujours venu à pied.
"Dans certains grandes mosquées aux imams réputés, la fréquentation a sans doute baissé en raison de la difficulté de s'y rendre, mais en général, je crois que c'est une bonne solution", confie Taha Mohammed.
Une centaine de fidèles se réunissent pour les prières. Certains pleurent pendant le prêche.
"L'Irak traverse un moment délicat. Il y a une sorte de dépression. Les gens sont faibles et il faut essayer leur redonner confiance", explique Taha Mohammed.
Des hélicoptères américains survolent régulièrement la mosquée pour des opérations diverses. "La source de tous les problèmes, c'est l'occupation", affirme l'imam, dont la mosquée a été surveillée en 2005 pendant des mois par les troupes américaines qui enregistraient ses prêches.
Au moment où son pays est ravagé par les conflits et où les violences interconfessionnelles se multiplient, l'imam tient un discours très modéré sur les relations entre sunnites et chiites.
"Dans l'islam, il n'y a pas de conflit. Le problème c'est que les gens ne suivent plus les textes. Nous sommes devenus aveugles. Les extrémistes des deux camps provoquent et ce sont des innocents des deux camps qui payent", estime Taha Mohammed.
"Certes, il y a des différences entre les deux communautés mais pas au point de s'entretuer. Nous soutenons le plan de réconciliation nationale", poursuit l'imam, proche de la mouvance du Parti islamique irakien (principal parti sunnite).
"Par exemple, dans mes prêches quand je parle de la douleur ou de la peine des sunnites, j'essaie toujours de parler de la douleur ou de la peine que peuvent ressentir les chiites. Je demande aux fidèles de visiter les familles chiites. C'est comme cela que nous y arriverons," conclut Taha Mohammed.
Et d'affirmer, "on parle beaucoup du Jihad (la guerre sainte), mais le Jihad ce n'est pas seulement tuer des gens. C'est plus complexe. Le Jihad, c'est la justice, l'amour du prochain. C'est aussi cela, le Jihad".
Source: ''AFP''