Trente représentants des pouvoirs publics allemands et de la communauté musulmane ont été "unanimes" pour réclamer cette reprise en dépit des risques, s'est félicité le ministre conservateur allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble, qui a présidé la réunion.
"Nous avons tous été d'avis que la production soit présentée le plus rapidement possible", a-t-il dit à la conférence de presse de clôture de la réunion. Et d'annoncer au nom des participants: "nous voulons faire un geste en y allant ensemble". Il a estimé que deux jours de débat sur ce sujet "sont assez".
La déprogrammation de la mise en scène d'"Idomeneo" (1781) de Mozart --provocatrice pour l'islam comme pour d'autres religions-- par le Deutsche Oper, l'opéra de Berlin-ouest, est fustigée depuis mardi par l'ensemble de la classe politique allemande et la plupart des associations musulmanes au nom de la liberté d'expression.
Dans l'une des scènes du metteur en scène Hans Neuenfels, le roi de Crète Idoménée rapporte les têtes de Poséidon, de Jesus, de Bouddha et de Mahomet et les pose sur quatre chaises.
Tout en affirmant qu'il fallait toujours prendre au sérieux des risques potentiels, le ministre a réaffirmé que la déprogrammation était une "erreur".
Cette nouvelle polémique intervient après celles des caricatures de Mahomet dans la presse danoise, l'hiver dernier, et du discours du pape Benoît XVI, qui, le 12 septembre en Bavière, avait établi un lien entre islam et violence. Les deux cas avaient déclenché des manifestations, dans le monde musulman.
Le ministre de l'Intérieur social-démocrate de la ville-Etat de Berlin Ehrhart Körting, qui avait alerté initialement l'opéra a déploré que les "terroristes" puissent "influencer" de la sorte la vie culturelle de la capitale allemande!
Exprimant sa compréhension pour la directrice du Deutsche Oper, Kirsten Harms, il a dressé un parallèle avec l'affaire des caricatures de Mahomet, rappelant aux journalistes présents que la plupart des journaux avaient rapidement cessé de publier les caricatures, en raison des menaces d'alors.
Cette conférence au château de Charlottenburg, la première du genre, a été convoquée pour jeter les bases d'un processus de dialogue sur des thèmes allant de l'enseignement de l'islam à l'école à la formation des imams, de l'islamisme aux perspectives d'emploi pour les jeunes musulmans. Mais sa teneur, pourtant essentielle pour 3,2 millions de musulmans vivant en Allemagne, a été partiellement éclipsée par la nouvelle controverse.
La partie musulmane était représentée entre autres par le Ditib, l'Union turque islamique des affaires théologiques, lié à l'Etat turc, et l'Islamrat (Conseil de l'islam), proche des milieux musulmans conservateurs.
"L'islam fait partie de notre pays et aussi de l'Europe", a plaidé M. Schäuble, tout en reconnaissant des "grincements" pendant la réunion sur la question de la représentation future des musulmans en Allemagne.
Source: AFP