Article (IQNA)-Histoire du Tazié

10:34 - January 24, 2007
Code de l'info: 1521628
Le Tazié, mille et une façons de rejouer la tragédie de Karbala.
Paradoxalement, on ne sait pas exactement à quelle époque les cérémonies commémorant la mort de l’imam Hussain se sont transformées en un véritable théâtre: ce que l’on sait, c’est que très tôt les Chiites ont organisé des cérémonies pour commémorer la tragédie de Karbala: c’est ainsi que l’historien arabe Ibn Kathir (mort en 1396) a décrit avec beaucoup de répulsion -- il était manifestement un sunnite - les processions organisées par les sultans Bouyides de Bagdad le jour de l’Achoura:
“Le jour de l’Achoura de 973, le sultan Mouiz ad Dola ibn Buwayh, que Dieu le disgrâce, a fait fermer les marchés et a donné l’ordre que les femmes s’habillent de robes de laine grossière, et qu’elles aillent dans la rue le visage découvert et leurs cheveux défaits, se frappant le visage et pleurant sur Hussain ibn Ali... Les gens de la Sunna n’ont pas pu empêcher ce spectacle à cause du grand nombre de Chiites et de leur pouvoir croissant, et parce que le Sultan était de leur côté”....
Après l’arrivée au pouvoir (1501) des chahs Safavides, le Chiisme devint la religion officielle de la Perse, et les cérémonies du mois de Mouharam prirent une nouvelle ampleur: non seulement les veillées funèbres avec lecture de ces récits (rozé-khani) se déroulèrent officiellement, sous de grandes tentes (hussainiés) dressées sur les places; mais on vit à nouveau dans les rues des villes de l’empire Perse d’immenses processions, avec des chars, défiler dans les rues le jour de l’Achoura, les croyants marchant au son des tambours en se frappant la poitrine (siné-zani), en se flagellant.
Pour les Safavides, l’objectif était évident : exploiter politiquement l’émotivité populaire en appelant les Chiites à venger le sang de l’Imam Hussain -- et à resserrer les rangs derrière leur Chah, étendard du Chiisme. Il n’y avait alors dans l’Empire que des processions chiites -- les derniers Sunnites se tenaient cois -- et il n’y avait donc plus de bagarres entre processions adverses. Mais les fidèles se livraient des simulacres de bataille -- entre partisans et adversaires de Hussain -- au cours desquelles des gens mouraient parfois pour de bon, comme le constata le prêtre espagnol Antonio de Gouvea sous le règne du Chah Abbas à la fin du 16° siècle.
Pendant des heures défilent devant eux d’immenses processions, avec des étendards (alams) et des oriflammes précédant chaque “compagnie” (heyat); des chameaux transportent les enfants captifs de Hussain; des chevaux richement ornés portent comme des reliques les armes des descendants du Prophète; il y avait même, parfois, des éléphants! Des chars transportent des cercueils, dans lesquels on voyait de très jeunes enfants qui faisaient le mort -- les enfants de Hussain -- et des trônes, censés représenter le trône de l’Imam Hussain. Des musiciens jouant de la flûte et des cymbales accompagnaient le cortège, composé d’une foule d’hommes à demi nus, couverts de cendres de la tête au pied, qui frappaient des cailloux l’un contre l’autre, en criant “Hussain, Hussain”...

Une salle d'opéra dont la scène se trouve au centre.
Avec ses tribunes et ses loges décorées avec des tapisseries et des inscriptions, d’innombrables oriflammes verts et rouges, et des étendards baroques d’où surgissent de longues lamelles en métal et des mains pointées vers le ciel, le “tekié” évoque un théâtre, ou une salle d’opéra: mais la scène se trouve au centre, et tout autour de la scène court un espace circulaire plus ou moins vaste selon les “tékiés”, où se déplacent les acteurs... et des chevaux, moutons, et autres animaux requis pour les besoins de la mise en scène! La foule, toute vêtue de noir en ce mois de deuil, est immense : séparés les uns des autres, hommes et femmes se pressent dans les tribunes, mais aussi sur le toit, et par terre, autour de la scène. L’atmosphère est visiblement tragique -- de nombreux spectateurs pleurent, sanglotent même -- mais en même temps très décontractée : les gens parlent entre eux, on distribue du thé, des boissons rafraîchissantes. Les enfants circulent, vont, viennent, sortent.
Et on joue aujourd’hui le Tazié dans tout l’Iran, à Téhéran, et dans les villages, autour d’Ispahan, de Tabriz, de Yazd, partout. À côté des groupes “professionnels, il y a les vrais amateurs, ceux qui assurent la pérennité de cet art unique dans le monde de l’Islam.

Source : chris-kutschera.com


Source: chris-kutschera.com
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