France (IQNA)- L'islam pèse-t-il dans la campagne électorale française?

11:01 - February 26, 2007
Code de l'info: 1528709
Telle est la question à laquelle Franck Frégosi, chercheur au CNRS et auteur de plusieurs ouvrages sur la religion musulmane, tente de répondre dans un ouvrage sur islam et politique en France, à paraître début 2008.
Quel discours Nicolas Sarkozy adresse-t-il à la communauté musulmane ?
Sa difficulté, c'est le grand écart permanent. Notamment à cause de son double statut de candidat et de ministre de l'Intérieur. Le ministre a par exemple contribué à la création du Conseil français du culte musulman (CFCM). Mais dans sa campagne, le candidat n'en fait pas mention. Il se contente de déclarer vaguement : «J'ai beaucoup fait pour les musulmans», comme pour se dédouaner du procès en islamophobie que certains lui intentent. Dans la mesure où il cherche à ramener dans le giron de l'UMP les électeurs proches du FN, Sarkozy recycle les vieux clichés sur la polygamie, l'excision, les moutons égorgés dans la baignoire, comme il l'a fait sur TF1 le 5 février. Or l'amélioration des conditions de l'abattage rituel fait partie de son bilan de ministre de l'Intérieur. D'un côté, il dit à l'électorat frontiste : «Je vous ai compris.» De l'autre, il ne peut s'empêcher de voir dans la religion un vecteur de contrôle social des quartiers, un élément pacificateur. Il en résulte une image brouillée. L'épisode Charlie Hebdo de ce point de vue est révélateur. Alors que les deux autres responsables politiques témoins au procès [François Bayrou et François Hollande, ndlr] ont été cités à la demande expresse de Charlie, personne n'avait rien demandé à Sarkozy. Il s'est invité ! D'où la minicrise que sa prise de position a provoquée, car les plaignants sont aussi ses partenaires au sein du CFCM.
Dans sa tentative de reconquête du pouvoir, le PS, jadis accusé de différentialisme par la gauche laïciste, ne peut pas se permettre d'afficher un discours trop mou sur l'islam. Du coup, il adopte un discours ultralaïque. Lors d'un débat participatif, Ségolène Royal a déclaré : «Mon combat pour la laïcité, je le mène au nom de toutes les femmes voilées, excisées, mutilées, violées...» Assimiler le voile et le viol, c'est un sacré raccourci. En s'adossant à la laïcité, le PS tente en même temps de redorer son blason auprès d'un électorat et d'un lobby laïque de plus en plus intransigeant vis-à-vis de l'islam. Tous ces propos s'inscrivent dans une volonté de récupérer sur le terrain une forme d'ultralaïcité perdue. Le PS a aussi dressé un réquisitoire contre la politique du ministre-candidat avec des arguments éculés. Sarkozy aurait ainsi adoubé l'UOIF, ce qui est faux. La première fois que cette organisation est entrée dans un palais de la République, c'était sous Joxe. Chevènement et Vaillant l'ont ensuite intégrée dans les discussions sur l'organisation du culte.
A l'exception de Philippe de Villiers, qui fait campagne sur le thème de l'islamisation de la France, et de Le Pen, les autres n'ont pas de discours homogène sur l'islam. François Bayrou, héritier de la démocratie chrétienne tout en étant partisan de la laïcité, a pris le soin lors de ses déplacements en province de rencontrer des responsables musulmans. La LCR ou les Verts, qui s'étaient opposés au vote de la loi sur les signes religieux de mars 2004, peuvent bénéficier de la sympathie de musulmans pratiquants engagés sur le terrain associatif dans les quartiers. Sur un autre sujet, celui du conflit israélo-palestinien, auquel les musulmans sont aussi sensibles, l'extrême gauche et le PC se distinguent en mettant l'accent sur la légitimité de la lutte du peuple palestinien et la critique de la politique de l'Etat hébreu.

Source : Liberation.fr
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