Les clichés collés au voile n’ont aucun lien avec les véritables valeurs promues par le hijab en Islam

12:32 - April 11, 2008
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Téhéran(IQNA)- Leila Mazboudi est la rédactrice en chef de la télévision Almanar. Elle a été élevée en France, mais pendant la guerre civile, elle décide de rentrer au Liban, qui se trouve en danger. Elle a accepté de participer à une interview exclusive à IQNA.
Q. Vous avez récemment participé au colloque des femmes penseuses musulmanes à Téhéran. Quelle est votre impression sur ce type de colloques?
R. L’avantage de ce genre de rencontres est qu’elles mettent en valeur l’importance du sujet qu’elles traitent. En la question, le colloque de Téhéran montre à quel point le Hijab a pris de l’ampleur dans le monde.
Il montre également une nouvelle génération de la femme voilée, instruite, active, cultivée, femme politique, femme de sciences, etc. Ce genre de colloque devrait permettre également de repenser ensemble le Hijab, sa fonction, de faire le point sur cette question.
Il est dommage que le discours ait été d’une seule direction. L’interaction des idées ne s’étant pas produite. Ce genre de colloque ne devrait pas se limiter à des séminaires. Cela devrait être surtout animé par des débats, et devrait également se terminer par des conclusions pratiques.
Q. Est-ce que vous avez présenté un exposé lors de ce colloque? Quel sujet avez-vous abordé?
R. J’avais un exposé mais je ne l’ai pas présenté. Il traitait de la question du Hijab en France depuis l’éclatement de l’affaire dans la deuxième moitié des années 80 du siècle dernier et jusqu'à son interdiction en 2003.
J’ai analysé la façon dont le Hijab a été traité par les médias. Et les clichés qui lui ont été collés, généralement sans aucun lien avec les véritables valeurs promues par le hijab en Islam.
Q. On sait que vous avez été élevé en France. Pourquoi vous avez décidé de retourner au Liban?
R. La réponse est aussi simple que compliquée : parce que j’aime mon pays, j’aime l’Orient avec un grand O.
Je trouve que la vie en Occident est dure, trop matérialiste, trop raciste, trop ethnocentrique. Mais il s’avère de plus en plus que toutes les sociétés le sont aussi, ou le deviennent. Même les nôtres.
Mais au Liban je me sens vraiment chez moi. Pourtant quand je suis rentrée, le Liban était en pleine guerre civile. Serait-ce aussi pour cette raison.
Certains rentrent chez eux, quand ils sentent que leur patrie est en danger. D’autres font le contraire. Il semble que je fais partie des premiers. A l’heure actuelle, c’est toute la région qui se trouve en ébullition, comme si une nouvelle ère devait naître.
Je préfère rester pour faire partie de ceux qui tentent d’agir sur le cours des choses, pour décider de notre sort.
Q. Vous avez dit dans une interview que vos parents étaient laïcs, alors comment il est arrivé que vous soyez si familiers des milieux islamiques et vous travailliez avec le Hezbollah?
R. Il est vrai que mes parents sont laïcs, mais ils sont surtout très antisionistes, anti-Israël.
Le Hezbollah s’est beaucoup plus fait remarquer par le fait d’être un mouvement de résistance, qu’un mouvement islamiste. C’est ce qui lui a valu sa réputation et sa popularité dans le monde musulman.
Mes parents n’ont pas dérogé à la règle. Moi aussi, quand je me suis ralliée au Hezbollah, je le dois aussi à cette tendance résistante. Sans non plus négliger la dimension spirituelle qui la caractérise et qui fait grandement défaut aux mouvements laïcs.
Q. Quand on voit les images de la guerre de 82, on ressent une différence énorme entre la femme musulmane libanaise de l'année 82 et l'image qu'on en trouve aujourd'hui. Est-ce que la femme libanaise d'aujourd'hui a fait ses adieux avec ce qu'elle était en 82? Qu'est-ce qui est arrivée pendant la période qui a suivie cette guerre?
R. Le Liban a été l’un des premiers pays où la femme a abandonné le voile. Ce qui montre l’importance et l’influence des mouvements et des courants areligieux.
Le retour au voile s’est opéré depuis le début des années 80 et depuis il se poursuit.
Dans les milieux chiites, il faut croire que le premier pas s’est opéré grâce à la victoire de la Révolution Islamique en Iran. Et surtout à une nouvelle approche de la philosophie du Hijab, telle qu’elle a été présentée par le grand penseur, le martyr Mortada Motahhari, qui a été l’un des premiers à défendre le droit de la femme voilée à sortir, à travailler, à étudier…
Par la suite, c’est tout le courant religieux qui a évolué au Liban, sur fond de guerre civile, puis de résistance contre Israël, favorisant le retour aux pratiques religieuses, et notamment le retour au voile.
Q. Cette évolution de la femme vers la femme voilée se voit dans presque tous les pays islamiques, des pays au système soi-disant islamique aux pays musulmans au système laïc, tel qu'en Turquie où nous avons récemment été témoins de l'approbation d'une loi sur la liberté du voile dans les établissements universitaires (même si cette loi a été rejetée). Ce retour vers les valeurs islamiques se voit même chez les musulmans vivant en occident dans les pays européens.
A votre avis, est-ce que la femme musulmane cherche ses anciennes racines, son identité du passé, ou bien elle a créé sa propre version de modernité?
R. Cela dépend des femmes. Mais je penche beaucoup plus pour la deuxième explication : la femme musulmane a trouvé une forme différente de la modernité, basée sur la législation islamique, sur une nouvelle lecture de la législation.
Il est vrai aussi que l’exploitation du corps féminin telle qu’elle est pratiquée en Occident, voire sa chosification et sa réduction en un objet sexuel a joué un rôle important pour réévaluer la fonction du hijab.
Il ne faut jamais lire le retour au voile chez les femmes musulmanes, parce que c’est un retour, sans prendre en considération ce que les sociétés musulmanes considèrent être une dégradation de l’image de la femme en Occident, liée à la suprématie des pratiques hédonistes qui occupent le paysage occidentale et agresse la pudeur humaine, et non seulement religieuse.
Le retour au voile perçu même en Occident, montre que certaines valeurs de ce dernier sont en déficit, si ce n’est qu’il commence à perdre du terrain.
Q. Je vous cite :" Ce que j'aime bien dans l'école chiite, c'est ce rôle accordé à la femme, qui est beaucoup plus important que dans les écoles sunnites ». Veuillez expliquer davantage.
R. Pour avoir la réponse, il suffit de faire la comparaison entre le statut de la femme en Iran qui applique la législation islamique, selon une lecture imamite duodécimaine, et entre d’autres pays islamiques qui l’appliquent aussi.
En Iran la femme poursuit ses études, elle a atteint de hauts niveaux scientifiques, elle participe activement à la vie politique et s’est organisée dans des mouvements qui défendent ses droits.
Selon le Fiqh chiite, les filles uniques héritent l’entier legs de leurs parents décédés. Les femmes ont également le droit de voyager seules, sans hommes parents. Mais il est vrai aussi que les choses bougent partout.
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