Mais il ne faut pas seulement parler, il faut agir, affirme le père Christian Troll. Surtout en matière de liberté religieuse.
La première rencontre du Forum catholico-musulman né de la lettre ouverte «A Common Word» envoyée il y a un an par 138 dirigeants musulmans au pape et à d’autres leaders chrétiens approche. Elle aura lieu à Rome du 4 au 6 novembre.
Au thème général «Amour de Dieu, amour du prochain» s’ajoutent deux thèmes annexes : «Bases théologiques et spirituelles» et «Dignité humaine et respect mutuel».
La session finale du 6 novembre sera publique et les participants seront reçus par Benoît XVI.
L’agenda de la rencontre a été fixé en mars dernier par deux délégations réunies à Rome. Les 138 étaient représentés par Abd al-Hakim Murad Winter, britannique, professeur à Cambridge, Aref Ali Nayed, libyen, lui aussi enseignant à Cambridge et membre de l’Inter-Faith Program de cette université, Ibrahim Kalin, turc, professeur à la Georgetown University de Washington, Sohail Nakhooda, jordanien, directeur d’«Islamica Magazine», et l’italien Yahya Sergio Yahe Pallavicini.
Leurs homologues catholiques étaient le cardinal Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, deux dirigeants de la curie experts dans ce domaine, Pier Luigi Celata e Khaled Akasheh, et deux islamologues, le père Miguel Angel Ayuso Guixot, président de l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et d’Islamologie, PISAI, et le jésuite allemand Christian W. Troll, professeur à l’Université Pontificale Grégorienne.
Le prochain Forum romain a été précédé de nombreuses autres rencontres christiano-musulmanes, en différents endroits et à l’initiative de plusieurs personnes et instituts.
La dernière, organisée par les capucins de Turquie, le PISAI et l’université turque de Marmara et portant sur «Les relations entre raison et foi dans l’islam et dans le christianisme» a eu lieu à Istanbul les 24 et 25 octobre.
Une autre rencontre importante s’est tenue à Bruxelles au début de la semaine dernière, à l’initiative de la Conférence des Eglises Européennes(KEK) et du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe(CCEE). Parmi les orateurs, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux.
Celui-ci a repris une idée très chère à Benoît XVI : la nécessité que les musulmans parcourent un chemin semblable à celui qui, au cours des deux derniers siècles, a amené l’Eglise catholique à «accueillir les vraies conquêtes des Lumières, les droits de l’homme et notamment la liberté de la foi et de sa pratique».
Ricard a beaucoup insisté sur la liberté religieuse et souligné qu’elle ne doit pas être réservée à l’intimité parce qu’elle «a une dimension sociale». Il a ajouté que «la liberté religieuse comporte le respect de la liberté de conscience : la possibilité d’adhérer librement à une religion ou de l’abandonner. Je sais que c’est un sujet sensible pour beaucoup de musulmans. Mais je crois qu’une pleine intégration dans la société européenne implique cette liberté, de même que le principe de la liberté religieuse doit avoir valeur réciproque et donc exister aussi bien en Europe que dans les pays musulmans».
Une autre étape de la progression vers le Forum romain du 4-6 novembre a été la conférence qu’a donnée à Cambridge le 14 octobre le jésuite islamologue Christian W. Troll, en présence de chercheurs musulmans et du primat de l’Eglise anglicane, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams.
La conférence de Troll, intégralement reproduite ci-dessous, est intéressante pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, le professeur Troll sera l’un des grands participants du Forum du 4-6 novembre, qu’il a aussi contribué à organiser.
Ensuite, c’est aussi l’un des islamologues les plus écoutés par Benoît XVI. Le pape lui avait demandé de faire l’introduction du séminaire à huis clos sur l’islam organisé pour ses anciens élèves à Castel Gandolfo en septembre 2005.
Enfin, il y avait parmi les auditeurs de la conférence de Troll à Cambridge les deux principaux auteurs de la lettre des 138, les professeurs Abd al-Hakim Murad Winter et Aref Ali Nayed, tous deux membres de l’Inter-Faith Program de la Divinity Faculty de cette université et protagonistes du prochain Forum à Rome.
Source: journalchretien