Venu couvrir à la mosquée une réunion publique sur la situation à Gaza avec l'intellectuel islamologue suisse Tariq Ramadan, le journaliste Lakhdar Belaïd a vu un homme parler discrètement au recteur Amar Lasfar peu après son entrée, puis revenir vers lui et lui intimer de sortir.
"Monsieur, nous avons de la mémoire", lui a-t-on simplement expliqué, alors qu'on le poussait sans ménagement vers la sortie.
"Dans mon enceinte, c'est privé, j'invite les personnes que je veux. J'étais en droit de lui dire écoutez, sortez", a confirmé à l'AFP Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud et président du Conseil régional du culte musulman.
"Il y avait un antécédent avec ce monsieur, que nous avions reçu il y a longtemps dans les locaux de la mosquée. A l'époque, il nous avait interviewé, et après il avait sorti des mensonges à notre encontre", a ajouté M. Lasfar.
"Si Amar Lasfar a des choses à me reprocher, qu'il me rencontre, qu'il me montre le papier on peut se rencontrer publiquement s'il le veut, et qu'il me dise sur ça, ça, et ça, vous avez menti, a estimé de son côté le journaliste, qui est aussi écrivain."
"A l'époque, je n'ai reçu aucun message quelconque sur ce que j'avais écrit, me disant qu'il y avait des contre-vérités", a poursuivi M. Belaïd, dont les écrits incriminés datent de quelques années, avant sa collaboration à La Voix du Nord.
Le rédacteur en chef de la Voix du Nord Jean-Michel Bretonnier a exprimé dans son journal son "indignation" sur cette expulsion que "rien ne saurait justifier" et a "condamné fermement cette atteinte à la liberté d'informer".
Il a précisé à l'AFP que le directeur général de la publication Jacques Hardoin avait adressée une lettre au recteur pour exprimer sa "stupéfaction" et lui proposer une rencontre.
Au cours de la réunion de mercredi soir, selon la relation qu'en a faite le quotidien Nord-Eclair, M. Lasfar a prévenu: "Tout journaliste qui joue de la sorte avec nous, nous saurons lui dire que nos portes ne lui sont pas ouvertes".
Source : AFP