Pourtant, tous veulent construire une norme halal pour assainir le marché. Halal Services, qui émane de l’UOIF, l’Union des organisations islamiques de France, en fait partie. Comme d’autres, l’association, créée en 2007, constate « un vide juridique de la définition du halal et de sa pratique selon les prescriptions religieuses ». Étourdissement, électronarcose, abattage mécanique… des méthodes qu’elle n’approuve pas selon son cahier des charges. Cependant, la norme halal nationale est loin de se construire. Interview.
Khaled Bouchama respectivement responsable du département des produits carnés et responsable de la communication de Halal Services.
Saphirnews : Parlez-nous de Halal Services. Depuis quand cet organisme existe ? Quelles sont vos missions ?
Khaled Bouchama : Halal Services est une association de l’UOIF qui existe depuis trois ans pour répondre aux interrogations des musulmans concernant l’alimentation halal. C’est un organisme associatif de contrôle de certification de produits alimentaires. En tant que professionnels, nous sommes souvent confrontés à des questions de type technique et religieux.
Halal Services est donc composé de deux départements techniques principaux : le département pour les produits carnés et le département des produits non carnés (additifs, colorants, etc.). Il existe aussi le département des avis religieux, présidé par le président de Dar al-Fatwa, émanant de l’UOIF. Même dans ce département, si il y a besoin d’autres avis, on remonte la chaîne jusqu’au Conseil européen de la fatwa.
-Qu’avez-vous entrepris depuis votre création ?
-La prospection est l'une de nos principales activités : trouver des partenaires qui peuvent rester fidèles sur le principe de l’abattage parce que nous préconisons l’abattage manuel sans électronarcose ni avant ni après la saignée, avec des contrôleurs sur place au moment de l’abattage et dans tous les points à risques, à savoir lorsqu’il y a transport de la matière d’un lieu à un autre pour qu’il y ait une traçabilité continue jusqu’à la transformation du produit.
Pour nous, la référence religieuse est claire. Il n’y a aucun avis juridique qui autorise le choc électrique même après la saignée. Le seul avis qui a été promu dans les années 1980 du Conseil de la fatwa de la Ligue islamique mondiale dit que l’étourdissement est autorisé à deux conditions : que cet étourdissement ne soit pas une souffrance pour l’animal et qu’il ne soit pas la cause de sa mort. Il n’y a que les scientifiques pour vérifier que ces deux conditions sont remplies. Seulement, ils ont prouvé que l’étourdissement avant la saignée fait souffrir la bête et est, dans la majorité des cas, la cause de son décès. Ils ont vérifié cela par deux paramètres simples : l’électrocardiogramme et l’électro-encéphalogramme.
Si on étourdit l’animal mais qu’on n’est pas passé à la saignée, il faut qu’il revienne à son état normal [avant d’être abattu, ndlr]. Comme les conditions ne sont en général pas remplies, l’étourdissement est rejeté. Il en va de même pour l’électronarcose. Le Conseil européen de la fatwa a rejeté l’utilisation de cette pratique.
-En tant qu'organisme de certification, assurez-vous la formation des sacrificateurs et/ou des contrôleurs ?
-En plus du contrôle de la certification dans l’objet de l’association, on a introduit la formation de sacrificateurs par des vétérinaires. Pour le moment, on assure surtout des contrôles pour les produits carnés en France et en Europe : en Irlande, en Angleterre, en Belgique, en Roumanie et prochainement en Espagne. On a aussi réalisé des audits de produits non carnés en Italie. Les produits de ces pays sont importés en France. Aujourd’hui, on produit en Europe et on consomme en France.
-Combien de salariés compte Halal Services ?
-On sait faire les sacrifices mais notre cahier des charges stipule que l’on n’est pas juge et partie. Le sacrificateur doit être salarié de l’abattoir mais les contrôleurs sont salariés de Halal Services. Leur nombre varie en fonction du travail qu’on nous confie et du type de production de produits. Nous sommes aujourd’hui six à sept salariés à mi-temps en France et en Europe.
-Alors quelle est la répartition en pourcentage des activités de Halal Services ?
-Nous travaillons beaucoup sur des produits sur la restauration rapide. Les gens nous demandent beaucoup si cela fait longtemps que l’on existe car ils ne voient pas notre logo sur le marché. C’est normal car Halal Services n’est pas encore présent sur les packagings. Cela s'explique par le fait qu'en général nous travaillons sur des produits semi-élaborés.
Mais nous voulons maintenant viser les produits transformés, ce qui permettrait d’avoir une meilleure visibilité sur le marché. C’est aussi important.
Pour l’instant, la restauration rapide représente 70 % de notre activité, le reste correspondant en majorité à la boucherie.
Source: saphirnews