Hussein Rouyvaran, spécialiste des questions du Proche orient et directeur de la commission politique internationale de soutien à la Palestine, dans un entretien avec l'Agence iranienne de presse coranique, sur le rôle de l'imam Moussa Sadr dans la baisse des tensions entre les groupes religieux au Liban, a déclaré qu'avant Moussa Sadr, les religieux ne s'intéressaient pas beaucoup aux questions politiques et sociales.
"A cette époque, les chiites étaient sous le contrôle de féodaux. L'imam Moussa Sadr a tenté de les faire disparaitre dans les régions chiites et a réussi à faire de grandes transformations. L'imam Moussa Sadr est né à Sur au Liban, ses ancêtres avaient vécu en Iran puis étaient revenus au Liban.
Les chiites qui s'étaient installés au Liban à l'époque d'Abouzar, n'avaient jamais eu de grands pouvoirs, sauf à l'époque des Bani Amar et des Bani Akil. A l'époque de l'empire ottoman, les chiites ont subi de grandes pressions et ont presque disparu de la scène politique.
Le gouvernement libanais qui est censé représenter les trois groupes religieux, les a négligés, et les chiites se sont éparpillés dans les partis sunnites et chrétiens. L'imam Mousa Sadr a réussi à les réunir de nouveau sous la même bannière, et à lancer un projet d'union islamique indépendant, contrairement au parti chrétien soutenu par les occidentaux et par la France, en particulier.
Il lança donc "le mouvement des déshérités" et "le mouvement Amal" avec un soutien très fort à la Palestine, jusqu'à la création du Hezbollah qui s'inspirait de la Révolution islamique d'Iran. L'imam Moussa Sadr se rendait auprès des chrétiens, des sunnites et des druzes pour créer une union nationale et libérer le Liban du contrôle des grandes puissances étrangères. Lors de la guerre civile en 1975, sur dix victimes huit étaient chiites, alors que le conflit opposait le parti socialiste et les phalanges chrétiennes.
L'imam Moussa Sadr a tenté de redonner aux chiites leur identité et la connaissance de leurs droits. Le Liban a environ 16 millions d'habitants, dont 13 millions vivent à l'étranger, 3 millions en Afrique dont 2 millions de chiites qui représentent une grande richesse pour ces pays. L'imam Moussa Sadr se rendait régulièrement en Afrique pour rencontrer ces riches commerçant libanais et obtenir des aides pour les chiites du Liban qui représentaient la couche sociale la plus faible. Ces rencontres ont permis des relations entre les Libanais de l'étranger et les Libanais au Liban.
L'imam Moussa Sadr était un grand pacifiste et tentait de lutter contre l'oppression et la guerre. Lors de l'encerclement d'une région chrétienne par les chiites, il entreprit une grève de la faim dans une église jusqu'à la fin du siège.
Son objectif était de créer une atmosphère d'entente et de fraternité entre tous les groupes religieux et politiques au Liban. Ses autres objectifs étaient la défense de la Palestine et l'union de la communauté islamique. Il cherchait à transformer les divergences en occasions de progrès, et à changer les idées des sunnites sur les membres de l'école des Ahl-ul-Bayt (AS).
Grâce à ses efforts et grâce à la Révolution islamique, il réussit à transformer les mentalités mais malheureusement l'imam Moussa Sadr était confronté à la fois à la dépendance vis-à-vis des pays occidentaux, à la guerre civile et à des différends entre Libanais et Palestiniens.
Sa disparition lors d'un voyage en Libye, a arrêté ce projet qui a été repris en grande partie par la République islamique d'Iran. En 1973, le gouvernement français avait agi de telle façon que le pouvoir au Liban soit aux mains des partis chrétiens, les sunnites détenaient certains pouvoirs et les chiites étaient totalement exclus des équations politiques. La guerre civile qui commença en 1975, était le fruit de ces discriminations. L'imam Moussa Sadr tenta d'y mettre un terme mais il disparut en 1978. Cependant ses idées furent reprises et la guerre cessa ave une nouvelle distribution des pouvoirs en 1989.
La création du Haut conseil des chiites libanais a été une des plus grandes œuvres de Moussa Sadr. Ce Conseil rassemblait des intellectuels et des grands religieux chiites. Des enseignants furent formés pour lutter contre l'analphabétisme qui sévissait dans les milieux chiites. Actuellement les chiites libanais comptent parmi les plus grands intellectuels du Liban, et ce mouvement a été repris par le Hezbollah et l'Allameh Seyed Mohamad Hossein Fazlollah, récemment décédé.
Beaucoup de dirigeants de pays islamiques étaient gênés par la présence de Moussa Sadr, il est possible que Kadhafi ait répondu à une demande de ces dirigeants régionaux qui se sentaient menacés, en le faisant disparaître.
Le seul pays qui regrettait cette absence et a fait des efforts pour son retour, est l'Iran qui admirait ses efforts et son action. L'imam Moussa Sadr était un fidèle partisan de l'imam Khomeiny qui avait ordonné qu'aucune relation ne soit instaurée avec la Libye tant que l'imam Moussa Sadr n'ait pas été retrouvé. Cela montre à quel point l'Iran islamique était sensible à cette question et cherchait une solution. Nous espérons que les derniers événements en Libye permettront le dénouement de cette affaire et que la situation de l'imam Moussa Sadr sera éclaircie", a-t-il dit.
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