Seyed Mohamad Sadegh Tabataba'i, neveu de l'imam Moussa Sadr et professeur à l'université de Aachen, dans un entretien avec l'Agence iranienne de presse coranique, a déclaré que l'imam Moussa Sadr connaissait très bien les autres religions et que cela lui avait permis d'obtenir un certain prestige dans les différentes communautés religieuses du Liban.
"Il avait même été invité par les prêtres de l'église des Capucins pour prendre la parole à l'occasion du jeûne chrétien. Beaucoup estiment qu'un autre religieux n'aurait pas accepté cette invitation mais l'imam Moussa Sadr à cause de ses connaissances et de sa maitrise des autres religions, n'a pas reculé et a accepté cette invitation.
Certains ont proféré des mensonges sur l'aide du roi Maghlu à l'imam Moussa Sadr, il ne l'a jamais aidé mais a toujours prétendu le faire. L'imam Moussa Sadr à plusieurs occasions, avait déclaré que le plus grand problème de sa vie était la présence des religieux de la cour qui recevaient des fonds de l'ambassade d'Iran avant la Révolution iranienne, et les distribuaient aux pauvres en disant que si le roi ne les aidait pas c'était à cause de la présence de l'imam Moussa Sadr car le roi pensait que s'il aidait à la reconstruction du Liban, les fonds seraient dilapidés par ce religieux chiite.
Les aides qu'il faisait n'étaient que de la propagande et l'imam Moussa Sadr n'acceptait pas d'être impliqué dans ce genre de politique. Le roi et les féodaux comme Adel Asiran, avaient lancé une vaste propagande contre Moussa Sadr. Certaines personnalités chiites libanaises comme Ja'far Sharaf-o-din s'étaient même opposées à Moussa Sadr, comme Kamel As'ad qui était un féodal chiite et président du Parlement, et qui prétendait que l'imam Moussa Sadr n'autorisait pas le roi à aider à la reconstruction du Liban. Répondant à une personne qui avait dit que s'il avait des relations avec le roi cela aiderait peut-être à la reconstruction du Liban, il avait déclaré que s'il voulait être l'esclave de quelqu'un il irait directement être l'esclave du maitre et non d'un de ses subalternes et que ces questions devaient être portées au conseil de la mosquée, ce qui a été fait d'ailleurs.
Après l'entrée de certains religieux iraniens au Liban, comme Djalal-o-din Farsi et Mohamad Montazeri, les choses se sont envenimées, comme l'a indiqué l'Ayatollah Rafsanjani dans ses mémoires. Djalal-o-din Farsi qui se considérait comme très cultivé, pensait qu'il pourrait jouer un rôle important au Liban. Les ennemis des chiites étaient aussi très jaloux de voir qu'un jeune étudiant comme Moussa Sadr, avait acquis une telle influence. Le grand secret de la réussite de Moussa Sadr était sa patience et son écoute.
Suite à une explosion au Liban, ces religieux iraniens ont été arrêtés et condamnés à quitter le Liban. Mis au courant, l'imam Moussa Sadr a aussitôt contacté le Président libanais pour lui demander de ne pas signer ce jugement qui aboutirait nécessairement à leur condamnation à mort en Iran. Il proposa au Président de les envoyer en Syrie. Il contacta les autorités syriennes en disant qu'il s'agissait de gens qui étaient opposés au régime sioniste et qu'ils ne représentaient aucun danger pour la sécurité en Syrie.
Hafez Asad a accepté et dès leur entrée en Syrie, des groupes d'Iraniens qui résidaient en Allemagne, ont accusé Moussa Sadr de les avoir envoyés en Syrie car ils les gênaient dans ses activités. D'autres personnes en Europe avaient aussi accusé Moussa Sadr de travailler avec la Syrie, contre la Palestine. Ces déclarations avaient même été reprises par certains groupes de gauche en Palestine. J'ai mis l'Imam Moussa Sadr au courant et je lui ai proposé d'organiser une rencontre avec les dirigeants palestiniens, à qui j'ai expliqué les positions des chiites et qui ont tous reconnu que sans les jeunes chiites du Amal, ils n'auraient rien pu faire car l'imam Moussa Sadr était le seul à avoir interdit toute relation avec le régime sioniste.
J'ai ensuite traduit les échanges qui avaient été faits lors de cette rencontre en allemand et je les ai publiés dans le second numéro de la revue mensuelle Qods publiée par l'association des étudiants musulmans d'Europe, qui a fait grand bruit. Deux semaines plus tard, le journal "Jebhe melli" dirigé par Bani Sadr, a publié un article et un document signé de la main d'Hani Al Hassan, qui était le conseiller de Yasser Arafat, disant qu'aucune entrevue n'avait eu lieu et que le journal Qods ne représentait pas les idées des dirigeants de l'opposition palestinienne. J'ai demandé à Moussa Sadr d'organiser une autre rencontre avec Yasser Arafat. Nous sommes partis en pleine nuit, en compagnie du martyr Chamran, pour le rencontrer.
Arafat est arrivé et nous a demandé ce qu'il se passait. Moussa Sadr a dit en riant que tout était de ma faute. J'avais déjà rencontré Arafat car nous récoltions des aides et des médicaments en Europe pour la Palestine. Je lui ai dit "Est-ce qu'il y a trois semaines je ne vous ai pas rencontré avec Hani Al Hassan pour une interview ?" Il m'a répondu qu'effectivement nous avions eu un entretien et après avoir vu l'article du journal de Bani Sadr, il a convoqué Hani Al Hassan. Moussa Sadr est parti en espérant que les choses s'arrangeraient.
Il était environ 2h30 du matin quand Al Hassan est arrivé. Je lui ai montré l'article car il parlait l'allemand à cause de ses études en Allemagne, et je lui ai demandé son avis sur notre article. Il m'a répondu qu'il ignorait que le journal Qods nous appartenait et que quelques Iraniens étaient venus au bureau d'études stratégiques de Palestine et avaient déclaré qu'il avait dit dans une interview que l'Urss avait toujours trompé les Palestiniens, ce qu'il avait démenti. Je lui ai montré l'article en disant que je n'avais jamais parlé de l'Urss, en fait il s'était laissé tromper et avait signé sans se rendre compte qu'il s'agissait d'un subterfuge.
Je lui ai alors demandé de me donner l'interview complète qu'il avait eu avec ce groupe d'opposants à l'imam Moussa Sadr, et d'expliquer comment ils lui avaient extorqué cette signature. J'ai aussi demandé à Yasser Arafat de donner un communiqué aux Associations islamiques d'Europe que je donnerai le lendemain à l'imam Moussa Sadr et que j'emmènerai en Allemagne. Dans ce message, Arafat avait remercié les associations d'étudiants musulmans pour leur soutien et leurs efforts.
Je me suis rendu ensuite entre temps en Irak à Najaf, pour rencontrer l'imam Khomeiny et son fils Ahmad Khomeiny. Je me suis rendu compte que là aussi, les mêmes problèmes existaient et que des gens comme Seyed Hamid Ruhani, essayaient de ternir les relations entre l'imam Khomeiny et Moussa Sadr, et même entre l'imam et Bagher Sadr.
Seyed Hamid Ruhani avait prétendu que la fatwa de l'Ayatollah Khou'i sur la pureté des gens du livre avait été donnée sous pression de Mohamad Bagher Sadr et sur une demande de Moussa Sadr qui était "un agent sioniste à la solde de l'impérialisme", et opposé au principe de la wilayat du Faghi.
Seyed Mohamad Bagher sadr que j'avais mis au courant avait dit que ces accusations visaient plus les grands religieux qu'un simple étudiant comme lui et que le cours sur la Wilayat du faghi avait été reporté pour certaines raisons, à la semaine suivante. L'imam Khomeiny fut très navré quand je le mis au courant de ce qui s'était passé.
En partant de Najaf dans le taxi, j'ai dit au chauffeur que j'avais été très content de venir à Najaf et que j'avais été élevé à Qom mais que la situation en Irak m'avait très étonné et découragé. Ces paroles ont été retransmises à l'imam Khomeiny qui dans son cours, a critiqué les responsables de la mauvaise situation à laquelle j'avais été confronté.
Personne n'a compris comment l'imam avait été averti jusqu'à la parution de mes souvenirs de voyage à Najaf qui ont éclairé les éditions des discours de l'imam sur certaines déclarations qu'il avait faites à l'époque.
Après la Révolution islamique d'Iran, nous avons trouvé des documents qui a avaient été rédigés à l'ambassade d'Iran à Beyrouth et que les groupes iraniens avaient publiés en Europe. Ces activités contre l'imam Bagher et Moussa Sadr étaient visiblement dirigées depuis l'Iran", a-t-il expliqué.
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