Dans le sud-ouest du Pakistan, la multiplication des attentats sanglants contre les chiites n’a rien changé : leurs auteurs revendiqués, des extrémistes sunnites proches d’Al-Qaïda, semblent jouir d’une tranquille impunité nourrie par l’apathie du gouvernement. A Akhtarabad, un quartier de Quetta, capitale de la province instable et reculée du Baloutchistan, des graffitis anti-chiites tapissent les murs et les drapeaux d'un groupe armé communautaire flottent sur les toits. C'est là qu’auraient en partie été planifiés les deux attentats anti-chiites les plus meurtriers de l’histoire du pays, selon la minorité visée. Le premier a fait 92 morts le 10 janvier, le second 90 le 16 février, tous deux à Quetta.
20 % de chiites au Pakistan
Les chiites représentent environ 20 % de la population du Pakistan, pays majoritairement sunnite de 180 millions d'habitants. Ils sont depuis plusieurs années victimes d'une campagne de violences sans précédent qui a fait plus de 400 morts l'an dernier, un triste record qui pourrait être battu en 2013. Le groupe sunnite extrémiste Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), a revendiqué les deux attentats de Quetta. Interdit depuis 2002, le LeJ multiplie les attaques et compte aussi sur une «aile politique», le Ahle Sunnat Wal Jamaat (ASWJ). «Nous pouvons demander au LeJ de négocier avec le gouvernement», lance Ramzan Mengal, président du ASWJ au Baloutchistan. Mais il pose une condition : «Pour cela, les autorités doivent cesser d'être influencées par les chiites.»
L’insurrection du Balouchistan
Les chiites de Quetta affirment de leur côté que les assaillants viennent de quartiers comme Akhtarabad, Killi Kambrani et Killi Badeni, où un journaliste de l'AFP n'a pas vu l'ombre de forces de sécurité après les derniers attentats. Le Pakistan n'a que rarement jugé ou condamné des auteurs d'attaques perpétrés sur son propre territoire. Mais il semble encore plus apathique lorsqu'il s'agit d'attaques contre la minorité chiite. Pourquoi? Nombre de ces attentats ont été perpétrés au Baloutchistan, où une rébellion locale réclamant un meilleur partage des ressources naturelles combat les forces de sécurité locales, contrairement au LeJ qui vise avant tout les chiites en disant défendre la «pureté» de l'islam.
Le Lej, instrument politique d’Islamabad
La police locale semble se concentrer sur la rébellion. «Le LeJ s'est renforcé depuis le début de la dernière insurrection baloutche», au milieu des années 2000, remarque Anwar Sajidi, rédacteur en chef du journal local Intikhab. Pour lui, «le LeJ est partie prenante de la stratégie contre-insurrectionnelle du gouvernement qui veut montrer que les violences intercommunautaires sont aussi à la hausse» pour minimiser l'importance des rebelles baloutches et donner une justification aux exactions commises dans la région.
Source: zaman