Aung San Suu Kyi : “il n’existe pas en Birmanie d’ethnie rohingya”

11:52 - May 05, 2013
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Rohingiya(IQNA)- Aung San Suu Kyi, qui prépare les prochaines élections en Birmanie, considère qu’il n’existe pas de Rohingyas birmans.
Aung San Suu Kyi, celle qui longtemps incarna dans les médias occidentaux le symbole de la lutte pour la démocratie et des droits de l’homme, est aujourd’hui députée birmane. L’ancienne opposante au régime birman, assignée à résidence pendant quinze ans, reprend à son compte le discours populiste des autorités, au risque de conforter les extrémistes bouddhistes dans leur volonté d’éliminer les minorités musulmanes de Birmanie.
Célébrée en Europe pendant les pogroms en Birmanie
En juin 2012, celle que l’on surnomme la « Dame de Rangoun » faisait une tournée européenne. Acclamée par tous, elle rencontra en France le président de la République française François Hollande, le maire de Paris Bertrand Delanoë et l’ex-président Nicolas Sarkozy. Ce dernier, alors en fonction, alla jusqu’à envoyer en Birmanie Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères pour la décorer de la légion d’honneur. On célébrait celle qui incarna longtemps dans les médias occidentaux le symbole de la lutte pour la démocratie.
Juin 2012, c’est aussi à cette période que les musulmans de Birmanie, qu’ils soient rohingyas ou citoyens birmans, sont de nouveau pris pour cible par des extrémistes bouddhistes, menés par « l’Hitler birman », selon la formule du journaliste David Aaronovitch, le moine Wirathu. Depuis, les pogroms anti-musulmans se multiplient au vu et au su de tous. Le rapport alarmant de l’ONG Human Rights Watch évoquant noir sur blanc un nettoyage ethnique n’a pas suffi à mobiliser la communauté internationale. Silence d’Aung San Suu Kyi.
Du silence au « Rohingya, une invention bengalie »
Pire, la prix Nobel de la paix déclare en octobre 2012 ne pas vouloir « mettre d’huile sur le feu ». Elle essuie alors à raison les critiques de celles et ceux qui l’ont soutenue dans son combat, à l’instar de Nang Sen, activiste birmane en exil qui, comme le rappelle la journaliste Sara Taleb dans un article du Huffingtonpost, se sent « triste et trahie ».
Ce sentiment de trahison devrait perdurer et s’étendre à d’autres soutiens de la désormais députée birmane, que le Dalaï Lama en personne n’a pas réussi à convaincre de dénoncer l’épuration ethnique des musulmans de Birmanie, Rohingyas et Birmans.
Nyan Win, porte-parole de « The Lady », comme il l’appelle, a été interviewé par le Global Post. Selon ce dernier, Aung San Suu Kyi, « a été forcée de parler des Rohingyas » » et ajoute : « Elle croit qu’en Birmanie il n’existe aucune ethnie rohingya. C’est un nom inventé du bengali [langue parlée au Bangladesh voisin]. Elle ne peut donc rien dire sur les Rohingyas. Mais il existe une pression internationale pour qu’elle s’exprime à ce sujet. C’est un problème. »
Aung San Suu Kyi, soluble dans le gouvernement birman
Ce faisant, Aung San Suu Kyi adopte et répète les éléments de langage des autorités birmanes, qui cachent à peine leurs soutiens aux pogroms menés par les extrémistes bouddhistes. En juillet 2012, le président actuel, Thein Sein, déclara qu’il n’y a d’autres solutions pour les Rohingyas que l’expulsion hors des frontières birmanes ou les camps. « Nous prendrons nos responsabilités pour notre propre peuple, mais il est impossible d’accepter les Rohingyas, entrés clandestinement » en Birmanie, précisa-t-il au haut commissaire aux réfugiés des Nations unies, Antonio Guterres.
Thein Sein a tenu parole. Mise en place en 2012 officiellement pour juguler « les tensions » entre musulmans et bouddhistes, une commission gouvernementale vient de rendre publique son rapport. L’une des mesures consiste ni plus ni moins à contrôler les naissances des musulmans rohingyas, déchues en 1982 de leur nationalité et depuis considérés au mieux comme des apatrides, mais le plus souvent comme des clandestins qu’il faut renvoyer au Bangladesh. Ou éliminer. La mesure nataliste des autorités birmanes que le planning familial devra appliquer en est l’application.
Source: al-kanz
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