9:19 - September 16, 2019
Code de l'info: 3470600
Le PCC poursuit son action d’éradication des traditions musulmanes dans les régions habitées par le peuple hui en démolissant les symboles et l’architecture islamiques ; les enseignes en arabe sont interdites.
Le gouvernement chinois projette de « siniser » totalement les musulmans de Chine vivant hors du Xinjiang d’ici cinq ans. C’est dans le cadre de cette action que la campagne visant à éradiquer tous les symboles et les enseignes islamiques s’est répandue aux quatre coins des provinces du Henan et du Shaanxi, ainsi que dans d’autres régions de Chine. La Région autonome de Mongolie-Intérieure ne fait pas exception.
 
Des démolitions forcées provoquent des incendies
Les symboles architecturaux de style arabe (les dômes, les arches et les carreaux de verre colorés) étaient des éléments caractéristiques d’Islamic Cultural Street, une artère de la ville de Hohhot, la capitale de la Mongolie-Intérieure, dont les habitants font essentiellement partie de la minorité ethnique hui. Ces symboles ont désormais disparu et cette rue au charme autrefois exquis a perdu son élégance à tout jamais.
 
En avril, le Bureau des affaires religieuses et le gouvernement du district de Huimin à Hohhot ont ordonné le démantèlement de tous les dômes et les symboles en forme d’étoile et de croissant de lune culminant au sommet des édifices qui se trouvent dans cette rue. Peu après, une vague de démolitions forcées a dévasté cette artère longue de 1 150 mètres.
 
Le 27 avril au matin, des agents engagés par le gouvernement ont provoqué un court-circuit en démantelant le dôme situé au sommet du Jiupeng Plaza sur Islamic Cultural Street, causant ainsi un incendie. D’après un témoin de la scène, l’incendie était violent et l’hôtel situé au rez-de-chaussée a dû fermer ses portes pendant quelques jours pour nettoyer ses fenêtres noircies par la fumée.
L’aspect d’origine du Jiupeng Plaza donnant sur Islamic Cultural Street.
L’aspect d’origine du Jiupeng Plaza donnant sur Islamic Cultural Street.
Les habitants du quartier ont révélé à Bitter Winter que quelqu’un avait péri, écrasé sous les décombres, au cours de la démolition. Nous ne sommes pour l’instant pas parvenus à joindre la famille pour confirmer cette information.
 
L’ensemble des dômes et des autres symboles en lien avec l’islam ont été retirés des édifices donnant sur Islamic Cultural Street. Pour justifier son action, le gouvernement a indiqué que ces symboles islamiques étaient interdits ; tous les bâtiments doivent être construits selon des caractéristiques culturelles chinoises.
 
« Les dômes et les croissants de lune qui se trouvent sur le toit des édifices sont la manifestation de l’unité de notre groupe ethnique. Ils sont les symboles de notre foi », a confié un habitant hui à Bitter Winter. « L’architecture islamique ne fomente pas de rébellions ! Nous avons dépensé des sommes faramineuses pour la construction de ces édifices et voilà qu’on procède à leur démolition forcée. C’est un gâchis humain et financier ! »
 
Un autre musulman a traité le Parti communiste de « dictature monopartite ». « Officiellement, ils affirment que la liberté religieuse existe en Chine, mais en réalité, ils répriment la religion », a-t-il poursuivi. « Le gouvernement traite les musulmans de la même façon que lors de la révolution culturelle. »
 
Des dômes de toutes tailles ont été retirés du Jiupeng Plaza et la façade jaune d’origine de l’édifice a été repeinte.
Des dômes de toutes tailles ont été retirés du Jiupeng Plaza et la façade jaune d’origine de l’édifice a été repeinte.
Comme Bitter Winter en avait fait état, en janvier dernier, tous les éléments architecturaux de style islamique se trouvant sur Beiji Halal Food Street, dans la ville de Jilin, une rue dont l’aménagement a coûté plus de 100 millions de RMB (12,7 millions d’euros), ont été détruits. D’après un fonctionnaire du gouvernement local, la Chine est pleinement engagée dans son action de « sinisation » de la religion et tous les symboles islamiques doivent être retirés.
 
Les inscriptions en arabe ont été remplacées par des caractères chinois et des écritures mongoles
Islamic Cultural Street à Hohhot est aussi une artère où l’activité commerciale est très prospère pour les Huis. Mais la mise en œuvre de la politique de destruction des symboles islamiques a eu un effet désastreux sur les magasins tenus par les Huis, les symboles en arabe de toutes les enseignes ayant été démantelés de force ou recouverts de peinture.
 
« Désormais, même les sacs de courses en plastique ne peuvent plus porter d’inscriptions en arabe. Lorsque des fonctionnaires aperçoivent des sacs de courses avec des symboles halal, ils les confisquent aussitôt », a révélé le propriétaire d’un magasin dont l’enseigne a été retirée.
 
Lorsque Bitter Winter s’est rendu dans ce quartier, il s’est aperçu que les symboles halal avaient été retirés de l’emballage de tous les produits non carnés tels que les nouilles sous cellophane, les légumes et les petits pains à la vapeur, un retrait qui avait été ordonné dans le cadre de la campagne contre la soi-disant « généralisation du halal ».
Les inscriptions d’origine en arabe ont été remplacées par des caractères chinois et des écritures mongoles
 
Les inscriptions d’origine en arabe ont été remplacées par des caractères chinois et des écritures mongoles
Un commerçant du quartier a confié que des fonctionnaires de l’aménagement urbain inspectaient les commerces qui donnent sur la rue plus de dix fois par jour. « Quand ils découvrent des produits portant des symboles en langue arabe, ils les confisquent aussitôt », a-t-il indiqué.
 
Des agents du Bureau des affaires religieuses, du Bureau des produits alimentaires et médicamenteux, du Bureau de la santé ainsi que d’autres départements du district de Huimin ont été envoyés dans la rue pour y mener des inspections et s’assurer que tous les symboles arabes ont été retirés.
 
« L’hiver dernier, des fonctionnaires de l’antenne locale du Bureau des affaires religieuses nous ont interdit d’afficher des symboles en langue arabe sur les produits végétariens », a confié un autre commerçant à Bitter Winter. « Je ne me suis pas exécuté et lorsque les fonctionnaires du Bureau des affaires religieuses s’en sont aperçus, ils les ont déchirés. »
 
« Le gouvernement ne nous permet plus d’avoir des inscriptions en arabe sur nos enseignes. Toutes doivent être remplacées par des lettres mongoles ou des caractères chinois », a révélé un habitant hui du quartier. « Autrefois, cette rue était réservée aux Huis et il y avait le mot “halal” en arabe et des symboles arabes sur les enseignes des magasins. Aujourd’hui, il y a des inscriptions mongoles au-dessus et des caractères chinois en-dessous. »
 
Les inspections draconiennes et les interdictions prononcées par le gouvernement poussent de plus en plus de musulmans à se taire. Lorsque Bitter Winter a demandé à une propriétaire du district de Huimin de s’exprimer sur la répression dont la culture et les traditions musulmanes font l’objet, elle s’est contentée de répondre : « C’est une année délicate. Nous devons moins parler… »
bitterwinter
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