À Karbala, lors d'un point de presse avant la conférence intitulée « Arbaïn husseini et Arbaïn prophétique », le président de la Faculté des lettres de l'Université Al-Mustansiriya d'Irak, le professeur Abdolamir Al-Aboudi, a plaidé pour une meilleure exploitation des immenses capacités scientifiques, culturelles et civilisationnelles de cet événement qui rassemble chaque année des millions de pèlerins venus du monde entier.
Le responsable universitaire a rappelé qu'une conférence scientifique consacrée à l'Arbaïn devait initialement se tenir au mois d'avril à l'Université Al-Mustansiriya. Toutefois, en raison de la guerre, son organisation a été reportée. Il a annoncé que des consultations avec le ministère irakien de l'Enseignement supérieur sont désormais en cours afin de programmer cette rencontre dans un format plus vaste, avec la participation de chercheurs et d'intellectuels issus de différents pays du monde musulman.
Selon lui, l'Arbaïn est aujourd'hui reconnu comme le plus grand rassemblement humain annuel de la planète. Cette réalité n'a plus besoin d'être démontrée. En revanche, ce qui demeure insuffisamment développé, c'est la réflexion académique autour de ce phénomène exceptionnel. Il estime que les dimensions historiques, sociales, religieuses, culturelles et civilisationnelles de l'Arbaïn méritent des recherches plus approfondies et une coopération scientifique durable.
Le professeur Al-Aboudi a également rendu hommage aux habitants de l'Irak, dont les services offerts aux pèlerins reposent essentiellement sur des initiatives populaires et bénévoles. Il a souligné que cette mobilisation spontanée constitue un exemple remarquable de solidarité et d'hospitalité. Des millions de visiteurs sont accueillis chaque année grâce aux efforts de la population, sans qu'une organisation centralisée ne dirige l'ensemble des opérations.
Tout en saluant cette tradition profondément enracinée, il a estimé que le développement de l'Arbaïn ne devait pas se limiter à son aspect logistique ou populaire. L'Irak et l'Iran disposent, selon lui, d'importantes ressources universitaires et scientifiques qui pourraient être mobilisées afin de donner une dimension académique plus forte à cet événement mondial.
Dans cette perspective, il a proposé que les conférences scientifiques consacrées à l'Arbaïn cessent d'être organisées de manière dispersée. Il souhaite qu'un établissement universitaire soit désigné comme hôte permanent de ces rencontres, afin d'assurer leur continuité, de préserver les acquis des éditions précédentes et de renforcer leur qualité scientifique.
Le président de la Faculté des lettres de l'Université Al-Mustansiriya a indiqué que son université serait prête à accueillir chaque année cette conférence internationale, si les autorités iraniennes et irakiennes en convenaient officiellement. Un accord entre les ministères de l'Enseignement supérieur des deux pays permettrait, selon lui, de transformer cette rencontre en un rendez-vous académique majeur, susceptible de réunir des universitaires, des chercheurs ainsi que des responsables politiques de haut niveau.
Il a également insisté sur l'importance de créer une revue scientifique spécialisée dans les études consacrées à l'Arbaïn. Une telle publication, reconnue par des bases d'indexation internationales telles que ISC ou ISI, encouragerait les chercheurs irakiens et étrangers à présenter leurs meilleurs travaux lors des conférences et à contribuer au développement d'une littérature scientifique de référence sur ce sujet.
Le professeur a expliqué que plusieurs enseignants et chercheurs hésitent actuellement à participer aux colloques consacrés à l'Arbaïn, faute de pouvoir publier leurs recherches dans une revue académique reconnue. Il a précisé que cette question avait déjà été évoquée avec des autorités religieuses, des centres de recherche et des universitaires irakiens, qui considèrent cette publication comme une condition essentielle au renforcement de la coopération scientifique.
En conclusion, Abdolamir Al-Aboudi a appelé à un véritable changement dans les études consacrées à l'Arbaïn. Il estime que les travaux universitaires ne doivent plus se limiter à décrire le phénomène ou à en présenter des aspects généraux. Ils devraient au contraire contribuer à l'élaboration d'une réflexion scientifique rigoureuse, capable d'analyser les multiples dimensions religieuses, sociales, historiques et culturelles de ce rassemblement exceptionnel et d'en faire un véritable champ d'études reconnu à l'échelle internationale.
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