Brourjerdi : Sissi sera élu et reprendra la politique pluraliste de Nasser

13:24 - February 26, 2014
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New York(IQNA)- En Lybie et en Syrie, les groupes qui avaient des revendications logiques ont laissé la place à des tendances extrémistes wahhabites.

Le site d’information Shafaqna a interrogé le professeur Mehrzad Brourjerdi, responsable du centre de recherches sur le Moyen orient à l’université de Syracuse dans l’état de New York.

Shafaqna: Quel est votre avis sur le développement du pouvoir des groupes extrémistes wahhabites ces deux dernières années au Moyen Orient où le « printemps arabe » avait fait croire que la démocratie serait mieux respectée  mais où nous voyons après plus de trois ans, excepté en Tunisie, une augmentation de leur influence ?

Brourjerdi : A mon avis, la chute des dictateurs a créé un vide politique que les groupes ont cherché à combler.

En Lybie et en Syrie, les groupes qui avaient des revendications logiques ont laissé la place à des tendances extrémistes wahhabites mais les frères musulmans, étant donné leur passé et leur vision politiques ne pourront jamais se placer à coté de ces groupes.

Shafaqna: Commet se fait-il qu’en Tunisie où une nouvelle constitution a été votée qui ouvre la voie démocratique, les groupes wahhabites n’ont pas pu prendre le pouvoir ?

Brourjerdi : La Tunisie est un des pays arabes les plus libéraux, c’est en Tunisie qu’ont été prises les premières décisions en faveur des femmes et ce pays a des relations étroites avec la France.  Les partis laïcs sont puissants et ben Ali a vite fui le pays ce qui a évité des effusions de sang.

Dans les situations violentes les partis libéraux qui  sont plus conservateurs, sont marginalisés. En Tunisie, les partis islamiques plus modérés n’ont pas permis que le pays tombe dans une guerre civile et ont préféré rester en marge au niveau politique.

Shafaqna: En Égypte après la montée au pouvoir de Morsi, personne ne pensait qu’en un an, l’armée reprendrait le pouvoir. Est-ce que la raison de cette intervention de l’armée est que Morsi et son gouvernement ont donné des pouvoirs aux extrémistes et aux wahhabites?

Brourjerdi : Je ne pense pas que ce soit la raison principale, les Frères musulmans qui ont un passé politique de 80 ans n’ont cependant pas l’expérience du pouvoir et beaucoup de leurs décisions étaient contraires à l’esprit des gens.

La concentration du pouvoir a été une décision inquiétante. L’armée en Égypte a un pouvoir important au niveau économique et a profité des erreurs de Morsi. Il y a peu de gens qui sont mécontents de ce changement et les gens pensent que si Morsi était resté au  pouvoir cela aurait été pire.
 
Shafaqna: Si Le général Sissi est élu, est-ce que cela aidera à l’instauration de la démocratie ?

Brourjerdi : Sissi sera élu et il me semble qu’il reprendra la politique pluraliste de Nasser. Les Frères musulmans continueront leur combat politique mais les groupes extrémistes à mon avis, deviendront plus dangereux.

Cela sera néfaste au tourisme qui est une grande source de revenus. Sissi sera très tôt confronté aux mêmes problèmes de pauvreté dans un pays où beaucoup de gens vivent avec moins de deux dollars par jour.

Shafaqna: Quel est l’avenir des Frères musulmans et des groupes extrémistes ?

Brourjerdi : La répression des Frères musulmans n’est pas celle de l’époque de Nasser ou de Moubarak mais l’action politique des Frères musulmans n’est pas violente et les jeunes risquent de se tourner vers les groupes extrémistes qui sont favorables aux attentats.

Le gouvernement profitera de ces divergences entre les Frères et les groupes extrémistes, et remettra la faute des attentats sur les deux groupes.

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