
La vente, dont la première vacation a généré 1 303 500 euros, s'est faite au bénéfice de la Fondation Guerrand-Hermès, créée en 1996 afin de promouvoir le dialogue interreligieux. Les différentes versions du Coran, livre saint de l’islam, ont été particulièrement sollicitées.
«Le fil continu de cette collection, c'est le goût extraordinaire autour du raffinement». Le ton est d'emblée donné par François Tajan, commissaire-priseur de la vente. Les lots exposés sont en effet d’une haute valeur esthétique. Les bronzes et poteries, les céramiques médiévales, les carreaux de revêtement, les miniatures ainsi que les manuscrits et calligraphies sont d’une remarquable beauté.
Les œuvres islamiques constituent le clou de la collection. Cette dernière «contient les deux éléments importants de l'art islamique : l'écriture c'est-à-dire la transcription de la parole de Dieu et la céramique qui est un des arts les plus développés au monde», nous explique Annie Kevorkian, experte de l'art islamique.
Un public éclectique
Xavier Guerrand-Hermès a décidé de se séparer de sa collection, les objets doivent poursuivre leur existence sous d'autres cieux. «Le but est de déclencher de nouvelles collections», confie M. Tajan. On ne pouvait mieux espérer puisque les arts du livre justement, les manuscrits et les miniatures, sont particulièrement recherchés.
Selon Mme Kevorkian, «dans l'art islamique, les gens n'ont pas besoin de pouvoir tout lire, nous vendons les pages coufiques aussi bien à des acheteurs d'art contemporain qu'à des collectionneurs d'art islamique, il y a une telle stylisation».
«Des collectionneurs d'art contemporain sont étonnés par la dimension graphique qu'on retrouve dans l'écriture coufique : c'est tellement moderne, cette gestuelle, c'est magnifique», abonde pour sa part François Tajan. Le commissaire-priseur spécialiste de l’Art Déco n’en a pas moins une admiration pour les enluminures : «j’aime le raffinement du dessin, la fraîcheur des couleurs, cette espèce de candeur. C'est un univers dans lequel on plonge, il y a une densité».
Intérêt manifeste pour le Coran
Les manuscrits du Coran ont été pour certains âprement disputés. Au total, sept copies ont été adjugées. Un manuscrit coranique de l’époque abbasside en écriture coufique (9e siècle) à 8 800 euros (11 440 TTC). Un autre de l’époque andalouse (13e-14e siècle) à 13 000 euros (16 900 TTC).
Un juz (une partie) coranique du milieu du 16e siècle à 12 000 euros (15 600 TTC). Un Coran ottoman en écriture naskhi a trouvé acheteur à 4 000 euros (5 200 TTC). Deux Corans qajars (persans) du 19e siècle ont également été vendus à 3 900 euros chacun.
C’est le juz coranique mamelouk attribué à Ibn al-Wâhid (14e siècle) qui a tenu en haleine l’assistance. L’enchère, qui a commencé à 25 000 euros, a finalement abouti à 82 000 euros (103 480 TTC) après des minutes de va-et-vient entre deux acheteurs qui n’ont pas lâché prise jusqu’au bout.
Des pièces précieuses de l’art ottoman et persan
L’art ottoman était représenté par deux firmans impériaux (actes officiels) du sultan Ahmed III portant sur des capitulations (18e siècle), l’un vendu à 50 000 euros (63 800 TTC), l’autre à 45 000 (57 600 TTC). Si ce n’est que la représentante du musée du Louvre a immédiatement annoncé que le musée exerçait son droit de préemption. En 2011, un acte du sultan Ahmed Ier, était déjà entré dans les collections du Louvre.
Enfin, un autre lot d’importance pour un public musulman, une miniature persane du 16e siècle représentant l’ascension du Prophète et son voyage nocturne vers Jérusalem (le mi’raj), a été cédée à 18 200 euros.
Comme le note Annie Kevorkian, «sans doute, cette miniature aura-t-elle inspiré la naissance de cette collection et illustre-t-elle au mieux la vocation de dialogue interreligieux promue par la Fondation Guerrand-Hermès pour la Paix».
Source: zaman