
Il n’y avait plus beaucoup de place ce mercredi 24 septembre à l’Albert Hall de Bruxelles. La capitale belge accueillait la session extraordinaire du tribunal Russell sur la Palestine. Il ne s’agit pas d’un tribunal comme les autres puisqu’il n’a aucun pouvoir juridique.
Kenneth Loach, alias Ken Loach, réalisateur britannique de cinéma et de télévision (c), membre du jury du tribunal Russel sur la Palestine, tenu le 24 septembre à l’Albert Hall de Bruxelles (Belgique).
Créé en 2009, le tribunal Russel sur la Palestine a pour mission de « mobiliser les opinions publiques pour que les Nations unies et les États membres prennent les mesures indispensables pour mettre fin à l’impunité de l’État d’Israël et aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit ». Le récent conflit dans la bande de Gaza a forcé les organisateurs à tenir cette session extraordinaire.
Mercredi dernier, toute la journée donc, le jury, composé de personnalités venue du monde entier (Ken Loach, Roger Waters, Vandana Shiva, Christiane Hessel…) a entendu les témoignages des journalistes Mohammed Omer, Max Blumenthal, David Sheen, Martin Lejeune, Eran Efrati et Paul Mason, présents à Gaza durant « l’Opération Bordure Protectrice ».
Ils ont également entendu les récits des chirurgiens Mads Gilbert et Mohammed Abou Arab, de l’expert sur le crime de génocide Paul Behrens, du Colonel Desmond Travers et d’Ivan Karakashian, chargé du plaidoyer pour Defence for Children International.
Le lendemain, après une nuit de délibérés, le jeudi 25 septembre, le jury a rendu ses conclusions. Le tribunal Russell conclut que le crime d’incitation au génocide et des crimes contre l’humanité ont été commis à Gaza.
Crimes de guerre
Le tribunal a conclu que les crimes de guerre suivants ont été perpétrés par l’armée israélienne : l’homicide intentionnel, la destruction de biens non justifiée par des nécessités militaires et exécutée sur une grande échelle ; le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle ou contre des civils qui ne participent pas directement part aux hostilités ; l’utilisation disproportionnée de la force, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement et des hôpitaux qui ne sont pas des cibles militaires ; le fait d’employer les armes, projectiles, matières et méthodes de guerre de nature à causer des maux superflus ou des souffrances inutiles ou à frapper sans discrimination en violation du droit international des conflits armés ; et l’utilisation de la violence dans le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile.
Crimes contre l’humanité
Le tribunal a conclu que les crimes contre l’humanité suivants ont été commis par l’armée israélienne : meurtre, persécution et extermination.
Crime d’incitation au génocide
Le tribunal a reçu des preuves qui démontrent l’intensification de la rhétorique raciste et l’incitation à la violence durant l’été 2014, à différents échelons de la société israélienne : dans les médias traditionnels ou sociaux et par des officiers de police, des leaders religieux, des représentants publics et des fans de football, notamment.
Par ailleurs, le jury a ajouté : « nous avons sincèrement peur que dans un environnement d’impunité et d’absence de sanctions pour des crimes graves et répétés, les leçons du Rwanda et d’autres atrocités de masse, restent lettre morte ».
Appels
Enfin, le tribunal a appelé Israël à respecter ses obligations en droit international et la Palestine à accéder sans délai au statut de Rome de la Cour pénale internationale. Il a rappelé qu’il était du devoir des États tiers de coopérer afin de mettre fin à la situation illégale qui découle de la situation d’occupation, du blocus et des crimes commis dans la Bande de Gaza.
Il a également appelé l’Union européenne à adopter des sanctions à l’encontre d’Israël, en ligne avec sa politique sur les mesures restrictives, afin de poursuivre les objectifs de préservation de la paix, de renforcement de la sécurité internationale et de respect des droits de l’homme.
"peser de la même manière que leurs prédécesseurs"
Aujourd’hui concernant la Palestine, le tribunal Russell avait siégé pour la première fois sous la présidence de Jean-Paul Sartre à Stockholm en 1967. Des intellectuels (Bertrand Russell, Jean-Paul Sartre, James Baldwin, Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Laurent Schwartz...) avaient été révoltés par l’impunité dont jouissaient les Etats-Unis dans la guerre du Vietnam.
Le tribunal Russell sur le Vietnam avait eu un impact important sur l’opinion publique internationale en produisant un travail d’expertise rigoureux sur les crimes de guerre commis par les USA et en s’appuyant sur une médiatisation forte, grâce à l’appui de personnalités intellectuelles et artistiques reconnues et respectées. Les organisateurs du tribunal Russel sur la Palestine espèrent pouvoir peser de la même manière que leurs prédécesseurs...
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