Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant "IINA", le Directeur général de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO-, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri, a affirmé que pour peu qu’elle soit fondée sur l’héritage commun des cultures et des civilisations et qu’elle ait comme point de départ les valeurs et les principes communs entre les nations et les peuples, et pourvu qu’elle émane de la volonté collective, qu’elle traduise l’aspiration conjointe et qu’elle incarne la conscience commune quant à sa nécessité, l’alliance des civilisations est à même de réaliser les objectifs qui lui sont assignés. Inversement, plus elle est distante de ces repères, plus elle perd sa substance et se réduit à un gaspillage inutile d’efforts et de moyens.
Dans l’étude qu’il a présentée lors du premier Forum du dialogue arabo-européen qui a ouvert ses travaux récemment à l’Institut du Monde Arabe à Paris, il a déclaré : « notre foi en l’alliance des civilisations n’a d’égal que notre foi en le dialogue des civilisations.
Nous appelons aussi de nos vœux une optimisation de l’héritage culturel commun entre l’Europe et le monde arabo-islamique afin de renforcer cette alliance.
Autant nous étions, durant les cinq dernières années, parmi les acteurs ayant œuvré au renforcement du dialogue des civilisations, autant nous comptons, par la grâce de Dieu, poursuivre notre action dans ce sens avec nos partenaires dans les organisations internationales, arabes et islamiques pour donner plus de consistance au concept d’alliance et en assurer le plaidoyer devant les instances internationales, ainsi que pour diffuser la culture de l’alliance civilisationnelle en complément de la culture de la paix. Ce faisant, nous sommes convaincus que l’humanité a grandement besoin, aujourd’hui et plus que jamais, d’être débarrassée du legs des siècles passés, avec son lot de malentendus, d’inimitiés et de conflits armés entre les nations et les peuples, dont tout le monde a pâti sans exception ».
Le Directeur général de l’ISESCO a, par ailleurs, affirmé : « notre expérience nous fait dire que l’alliance des civilisations ne portera ses fruits et ne profitera à tous que si elle est fondée sur le respect mutuel et si elle est menée sous la houlette des Nations Unies et conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux conventions, traités et autres instruments internationaux qui forment la base du droit international. Cela implique que les parties qui transgressent le droit des peuples à l’autodétermination doivent cesser leurs pratiques contraires à la légalité internationale, qu’il soit mis un terme aux violations récurrentes des droits de l’homme dans plus d’un pays et que la communauté internationale œuvre pour faire voter par l’Assemblée générale des Nations Unies une résolution criminalisant le dénigrement des religions et l’atteinte aux croyances religieuses sacrés ».
En outre, il a rappelé que les pratiques contraires au droit international constituent une entrave non seulement à l’alliance des civilisations, mais également à tout effort de rapprochement des civilisations.
Aussi, est-il impératif que les forces actives dans ce domaine oeuvrent pour une dénonciation collective de ces pratiques et politiques qui vont dans le sens opposé des objectifs de l’alliance.
A ce propos, il a mis l’accent sur la valorisation humaine de l’héritage culturel commun, en ce sens qu’une telle valorisation est à même de dissiper le scepticisme et les malentendus et de favoriser l’entente profonde et l’émergence d’une volonté commune de cohabitation, parce que la cohabitation pacifique à connotation culturelle et civilisationnelle constitue le prélude au dialogue et, partant, à l’alliance des civilisations.
« Nous estimons, a-t-il affirmé, que l’héritage culturel commun entre le monde arabo-islamique et l’Europe en particulier constitue, à tous les égards, une source de richesse intellectuelle à même de nous inspirer sagesse et clairvoyance et nous éviter de trébucher sur les embûches qui entravent le parcours de ceux qui croient à l’alliance des civilisations et oeuvrent pour la renforcer et assurer la diffusion de la culture de l’alliance tous azimuts ».
Dans ce sens, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri a rappelé que la pensée d’Ibn Rushd qui a réveillé la Raison en Europe et le choc civilisationnel qu’a subi ce continent durant ce que l’histoire européenne qualifie de « Croisades », résultat de la lutte entre l’Orient et l’Occident, ainsi que l’effet de la traduction des prestigieuses oeuvres scientifiques arabo-islamiques vers les langues européennes, qui ont servi de catalyseur à la Renaissance et qui étaient enseignées, jusqu’au XVIIIème siècle, aux étudiants dans les universités européennes, tout cela devrait nous motiver tous afin d’œuvrer pour un rapprochement plus concret et un dialogue plus profond et pour que nos civilisations puissent sceller entre elles une alliance à même de maintenir les portes de l’avenir grandes ouvertes devant nous.
A cet effet, il a appelé à se concentrer sur tout ce qui est positif en tournant la page de la lutte qui a déchiré notre passé et entamer ensemble une nouvelle ère qui nous trace la voie de l’avenir et établit des ponts entre les civilisations.
Dans ce contexte, il a précisé que les chercheurs et les experts s’intéressant aux questions du patrimoine culturel et civilisationnel humain s’accordent à affirmer que toute civilisation est le fruit de l’interaction entre un ensemble d’entités culturelles, le couronnement de l’échange et de la complémentarité entre leurs différentes composantes. Ce constat s’applique également à la culture.
En effet, jamais une civilisation, quelle que soit l’époque, n’a pu se construire sans échange avec les autres civilisations ou sans puiser dans d’autres cultures ou civilisations anciennes ou contemporaines.
Il a ensuite souligné que le monde a toujours constitué un «forum de civilisations», où interagissent les civilisations des nations et des peuples, en dépit de toutes les différences au niveau des identités et des spécificités confessionnelles et civilisationnelles.
L’histoire des civilisations démontre qu’il s’agit d’un processus évolutif qui se déplace continuellement d’un pays à l’autre. A notre époque, où la communication a rapproché les différentes nations, la civilisation se propage rapidement et s’étend à la quasi-totalité de toutes les contrées mondiales. De même, tout mouvement de renaissance dans l’histoire de l’humanité a emboîté le pas aux civilisations précédentes.
Ce mouvement commence d’abord par s’inspirer du patrimoine civilisationnel existant et, lorsque son évolution est achevée et ses contours entièrement identifiés, il se fond de nouveau dans le patrimoine existant tel que le veut le processus de l’évolution humaine.
A rappeler que la séance d’ouverture du premier Forum du dialogue arabo-européen, tenue sous le patronage du président français Jacques Chirac, a commencé ses travaux hier au siège de l’Institut du Monde Arabe, en présence du ministre français des affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, du Secrétaire général de la Ligue des Etats Arabes, M. Amr Moussa et du Directeur général de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO-, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri ainsi que plusieurs autres personnalités arabes et européennes.