La première mosquée de Berlin-Est à du mal à passer

16:20 - May 14, 2006
Code de l'info: 1478172
Service international: C'est un petit bout de terrain qui appartenait à une fabrique de choucroute sous l'Allemagne communiste et doit bientôt accueillir une mosquée, la première dans l'est de Berlin. Mais les riverains ne veulent pas de musulmans par chez eux.
Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant ''AFP'',
"La mosquée brûlera": voilà le genre de mails que reçoit le maire néocommuniste du quartier de Pankow. "L'argument principal, c'est qu'aucun musulman n'habite dans le coin. Mais les gens craignent aussi une +islamisation+ du quartier, une chute des prix de l'immobilier, des affrontements", dit à l'AFP l'élu, Burkhard Kleinert, avec un brin d'ironie.

Lui continue à croire au projet mais il reconnaît que l'"on aurait peut-être dû informer les gens avant" de les mettre devant le fait accompli.

La communauté musulmane des Ahmadiyas, qui dit compter 30.000 adeptes en Allemagne et 200 à Berlin, cherchait depuis longtemps un nouveau lieu pour exercer son culte, leur petite mosquée installée dans un pavillon situé près de l'aéroport de Tegel étant devenue trop petite.

Et le seul terrain qu'ils affirment avoir trouvé, ce sont ces 4.700 mètres carrés coincés entre une branche d'autoroute, un fast-food et des immeubles d'habitation, dans ce quartier de Pankow-Heinersdorf où les étrangers sont restés rares. Ici, à l'inverse du centre-ville, la population n'a pas beaucoup changé depuis la chute du Mur.

Les Ahmadiyas ont déjà acheté le bien à une société chargée de la privatisation du patrimoine public de l'ex-RDA. La mosquée, qui ne dépassera pas les douze mètres de haut, coûtera un million d'euros. "Le tout financé par les dons des fidèles", assure Abdoul Tariq, l'imam berlinois de la communauté, parfois considérée comme une secte, qui compte déjà douze mosquées en Allemagne.

Début avril, le conseil municipal du quartier, fortement dominé par la gauche, approuve la construction, avalisée aussi par les renseignements intérieurs. Les travaux peuvent légalement commencer.

Mais les riverains font front. Une première réunion d'information organisée tardivement par la municipalité, avec la possibilité de rencontrer l'imam, tourne court. Au lieu des 500 personnes attendues, 1.500 sont venues, dont des membres du parti néo-nazi NPD. Des gens reprennent à leur compte "Wir sind das Volk!" ("Le peuple, c'est nous!"), le slogan des manifestations pacifiques est-allemandes anti-communistes de 1989.

Un comité est créé, des pétitions lancées. Prenant officiellement ses distances avec l'extrême-droite, le groupe dit ne pas comprendre pourquoi un lieu de culte est construit là où ne vit aucun représentant de la communauté.

"Pourquoi cette peur?", s'interroge l'imam au bouc poivre et sel. Dans son modeste bureau où pend un écriteau qui dit que "l'islam, c'est la paix", il souligne que sa communauté, qui compte 200 millions d'adeptes dans le monde, surtout en Asie, est à mille lieux du terrorisme.

"Nous vaincrons ces propos incendiaires par notre amour et notre bon comportement", poursuit l'imam rondelet de 58 ans, originaire du Pakistan. Mais il n'est pas vraiment disposé à voir sa mosquée placée sous protection policière.

"Il faut attendre que les gens se calment" avant de commencer les travaux, convient-il. Et il y a aussi ces élections régionales en septembre. Car cette mosquée sera bel et bien un thème de campagne: le candidat conservateur à la mairie de la ville, Friedbert Pflüger, disant avoir compris l'opinion publique, est contre la mosquée.









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