Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant "le monde", riche de sept millions de personnes - la plupart vivant dans les Etats du Nord-Est et du Midwest -, cette minorité religieuse connaît depuis une vingtaine d'années un développement sans précédent.
Une étude, intitulée "The Mosque in America: A National Portrait", la plus vaste jamais réalisée sur les musulmans américains par une équipe d'universitaires, révèle l'ampleur de cette évolution.
"Les musulmans sont en train de renforcer la société américaine", estime Nihad Awad, le directeur du Conseil pour les relations américano-islamiques (CAIR), basé à Washington, qui a conduit cette recherche publiée jeudi.
Le nombre des mosquées a littéralement explosé depuis la fin des années 70. Le rapport en dénombre 1.209 disséminées à travers les Etats-Unis, soit une augmentation de 25% depuis 1994. 87% des lieux de prières ont été construits après 1970.
A chaque mosquée, sont en moyenne liés quelque 1.625 musulmans, soit un total de fidèles réguliers dépassant 2 millions de personnes, quatre fois plus qu'en 1994. 411.000 prennent aujourd'hui part à la "Juma'a", la prière du vendredi, contre 144.000 en 1994.
L'étude montre que 30% des fidèles musulmans sont des convertis, le nombre moyen de convertis chaque année par mosquée s'élevant à 16 personnes.
Cette évolution n'est pas seulement démographique, note le professeur Ihsan Bagby, de l'Université Shaw, à Raleigh, en Caroline du Nord, qui a dirigé la recherche sur l'islam aux Etats-Unis.
Il relève que 89% des dignitaires musulmans américains souhaitent une participation dans le processus politique, et 96% sont favorables à une implication plus grande dans le fonctionnement des institutions.
"Les mosquées sont désormais la plateforme pour une participation active à la vie américaine", constate le professeur Bagby.
M. Awad souligne dans ce contexte que "les musulmans américains ont démontré l'an dernier, lors de l'élection présidentielle, qu'ils avaient une grande capacité à se renforcer politiquement et socialement".
Quatre organisations représentant les musulmans américains, dont le CAIR, avaient appelé à un vote massif en faveur du républicain George W. Bush.
"Il est désormais très difficile de négliger ou d'ignorer la présence des musulmans aux Etats-Unis", estime le professeur Mohammed Abou Nimer, spécialiste de l'Islam à l'American University de Washington.
Mais il reste encore beaucoup de travail avant de doter la communauté musulmane d'un puissant groupe de pression politique.
"La force politique des musulmans grandit. Mais ils sont encore loin derrière le lobby des juifs, des femmes ou des Cubains", note le professeur Nimer.
Ce dernier, à l'instar des auteurs de l'étude, espère que l'évolution de l'Islam américain va permettre d'améliorer l'image parfois négative donnée aux musulmans dans les médias ou au cinéma.
"L'image du musulman exotique s'efface progressivement", se félicite le professeur Nimer: "Plus l'on est exposé à un groupe, moins il inspire de craintes".
Les auteurs de l'étude ont d'ailleurs à dessein veillé à concentrer leurs recherches sur les mosquées et les associations religieuses "consensuelles", en évitant de prendre en compte des courants jugés marginaux, notamment "La Nation de l'Islam" du militant controversé de la cause noire Louis Farrakhan.