Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant "AFP", la proposition, émanant de la nouvelle ministre des Affaires étrangères et ancienne maire de la ville, Dora Bakoyannis, a filtré dans la presse juste avant la publication d'un rapport critique du commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles.
M. Gil-Robles y déplore que les dizaines de milliers de musulmans d'Athènes, pour la plupart des immigrés, doivent toujours "se réunir en secret dans des lieux impropres à la prière", le pays n'ayant pas tenu l'engagement qu'il avait pris en vue des jeux Olympiques de 2004 de construire une mosquée dans la grande banlieue de Péania.
Le gouvernement a depuis précisé qu'aucune décision n'avait encore été prise, mais le débat a été relancé dans ce pays orthodoxe à 97% qui peine à reconnaître les droits des minorités religieuses et fait preuve d'une réticence envers l'islam qui date de la domination ottomane.
Seule la Thrace, au nord-est, où vit une minorité musulmane de souche turque, dispose actuellement de mosquées.
Côté opposants, le secrétaire d'Etat à l'Education et aux cultes, Georges Kalos, a appelé à la prudence pour ne pas "provoquer de réactions qui réveilleraient des conflits religieux". En écho, les télés faisant défiler des commerçants opposés au projet, au nom du caractère touristique du quartier.
"Je n'ai pas d'objection au fonctionnement de la mosquée de Monastiraki à condition que la Turquie rende les clés de Sainte-Sophie (à Istanbul) au patriarcat oecuménique orthodoxe", a pour sa part lancé le député de la majorité conservatrice, Stélios Papathémélis.
"Malgré les préjugés et des blocages, la remise en service d'une mosquée séculaire au pied de l'Acropole et à côté d'églises serait la preuve de la tolérance de notre ville", a au contraire plaidé Marios Begzos, professeur de philosophie des religions à l'université d'Athènes.
"A Istanbul, des dizaines d'églises sont en service", a également relevé le député libéral indépendant Stéphanos Manos. Il s'est indigné que le gouvernement compte demander l'avis de la hiérarchie orthodoxe, qui avait contribué au blocage du projet de Péania, "alors que la communauté musulmane n'est pas consultée".
"Personne ne nous a rien demandé", a confirmé auprès de l'AFP l'imam soudanais, Monir Abdeltrassou. "La mosquée de Monastiraki pourquoi pas, mais ce ne serait qu'une solution provisoire, elle est trop petite", a-t-il jugé, sans exclure que l'affaire vise surtout à faire patienter les pays musulmans amis.
Si l'évêque de Salonique, la deuxième ville du pays, au nord, a créé la surprise en apportant son soutien à la proposition, l'influente Eglise orthodoxe, non-séparée de l'Etat s'est elle abstenue de tout commentaire officiel.
Une lettre d'information coiffée par ses services soulignait toutefois les "fortes résistances" des riverains et appelait à la réciprocité, avec "l'ouverture d'églises orthodoxes dans des pays musulmans".