Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant (AFP), dans la foulée de l'interpellation de 17 musulmans, dont cinq mineurs et dix jeunes adultes, des élus américains ont montré du doigt la cosmopolite Toronto, foyer selon eux d'une mouvance islamiste canadienne et terreau fertile pour des prédicateurs radicaux tentant d'influencer la jeunesse.
L'ayatollah chiite irakien Ali Sistani a promulgué mercredi une fatwa, un édit religieux, appelant les musulmans canadiens à "respecter les lois en vigueur" au Canada.
Des organisations musulmanes canadiennes ont appelé les autorités à les aider à prévenir la radicalisation de la jeunesse en organisant un symposium pour lutter contre l'extrémisme et promouvoir la tolérance chez les jeunes musulmans.
La communauté musulmane de Toronto a cru de 140% de 1991 à 2001, soit la plus forte croissance dans tous les cultes. Et l'âge moyen des 260.000 adeptes oscille autour de 28 ans, selon les données du plus récent recensement.
"La communauté musulmane ici est très très jeune, elle n'est pas établie de longue date comme en Angleterre", note l'imam Hamid Slimi, 37 ans, à la tête de l'Organisation internationale des musulmans de Toronto.
La mosquée, que gère cette organisation, a été la cible de vandales, au lendemain du démantèlement de la cellule terroriste présumée, le 3 juin.
Sur les murs du lieu de culte, dont l'architecture évoque davantage un local industriel désaffecté que les splendeurs d'Istanbul ou de La Mecque, des affiches invitent à inscrire enfants et adolescents à des camps d'été d'enseignement du Coran, de la vie du prophète Mahomet et de la langue arabe.
Cela n'a rien d'incompatible avec les valeurs occidentales, estime l'imam d'origine marocaine, qui mise sur l'intégration des immigrants.
"Un imam doit étudier beaucoup, une bonne partie de sa vie, les principes de l'Islam. En même temps, s'il est imam en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada il doit connaître la réalité, la culture des gens, il doit même connaître les autres religions", dit le jeune imam, barbe courte, bien taillée, yeux pétillants et bonnet de prière blanc.
Au lendemain du démantèlement de la cellule terroriste présumée, des élus canadiens, notamment ceux issus de l'immigration, ont critiqué le manque de formation de certains imams et l'influence néfaste du salafisme, une idéologie rigoriste qui séduirait nombre de jeunes immigrants.
"Il n'y a pas d'examen avant d'être nommé imam. C'est ça le problème", poursuit l'imam Slimi, candidat au doctorat, qui tente de regrouper d'autres dignitaires religieux pour établir un "institut" qui décernerait un "certificat" aux imams aptes à "mener les prières, les sermons et les programmes d'éducation".
Les imams canadiens semblent hésiter à dénoncer l'enseignement de certains de leurs pairs, préférant réserver leurs critiques à des radicaux étrangers dont les prêches sont disponibles en ligne sur internet.
"Leur imam, c'est cyberimam", remarque Hamid Slimi, à propos des jeunes musulmans interpellés.
A la tête du Conseil canadien des théologiens musulmans, une organisation regroupant une centaine d'imams, Husain Patel a tiré la "sonnette d'alarme" au lendemain des arrestations, invitant les parents à surveiller les sites internet visités par leurs enfants.
"La plupart des parents sont des immigrants ne connaissant pas très bien la technologie comme internet... alors nous devons les éduquer dans les sermons du vendredi et dans des séminaires pour qu'ils soient plus vigilants et qu'ils surveillent l'internet", a-t-il dit.