London (IQNA)- Tariq Ramadan explique la différence entre terroriste, extrémiste et conservateur

17:06 - September 02, 2006
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Tariq Ramadan a souligné la nécessité d’une correcte définition des concepts, regrettant en particulier le « flou terminologique » qui met « dans le même paquet » terroriste, extrémiste et conservateur.
En faisant remarquer que « le mot terrorisme n’est défini par aucune instance internationale », le philosophe et islamologue suisse d’origine égyptienne a déploré l’entretien d’une « espèce de flou terminologique » qui fait passer d’un mot à l’autre « sans beaucoup de précautions ».
Les usagers de tels concepts « acceptent, par la fréquence des mots sur la scène médiatique, d’utiliser des mots qu’ils n’ont pas définis avec précision et ils entretiennent un climat qui n’est pas du tout un climat de clarification, d’entretien d’une nébuleuse quant à la terminologie », a indiqué M. Ramadan, invité de la rédaction de l’Aps.
« Parce que si vous définissez les mots, vous commencez à catégoriser les choses », a-t-il dit. En s’accordant, par exemple, que le mot terrorisme signifie « le fait de tuer illégitimement des innocents, vous êtes dans l’obligation de faire entrer dans cette définition, les dommages collatéraux ».
Comme ce qui se passe, par exemple, dans les bombardements de civils dans « la guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, a-t-il signalé.
« C’est ce qui s’est passé (également) au Liban après tout. Ça s’appellerait comment, selon une définition précise du terrorisme. Une sorte de terrorisme. Et les dommages collatéraux sont, de ce point de vue-là, sanctionnés par les Conventions de Genève, on les appelle crimes de guerre », a-t-il souligné.
« Le champ de la suspicion s’élargit quand » on est passé de terroriste à extrémiste et à conservateur, a-t-il analysé. « Et c’est la stratégie de qui ceci ? C’est la stratégie de ceux aussi qui ont envie de dire que la radicalité des plus radicaux n’est que l’une des expressions de la normalité du plus grand nombre », a-t-il déclaré. « En ciblant les uns, on jette la suspicion sur tous les autres », a-t-il précisé.
« L’administration Bush a été extrêmement habile sur cette question et ce n’est pas un hasard », a-t-il dit, en argumentant : « terroriste, ça ne ciblait qu’un seul type de population, c’est-à-dire ceux qui vont tuer des civils. Avec extrémisme, vous ouvrez le champ, parce que l’extrémisme, ça peut-être celui qui s’exprime par une pratique à l’extrême avec de la violence ou celui qui s’exprime par le verbe à l’extrême du propos. L’extrémisme par le seul propos ».
Selon cette logique « donc, le terrorisme dit l’acte de tuer, l’extrémisme dit aussi le fait de l’exprimer. Et, légalement, en ouvrant sur l’extrémisme, on pouvait tout à coup prendre des mesures légales » et, ce faisant, « on a ouvert le champ légal de la définition de la cible », a-t-il poursuivi.
« Il faut faire attention au terme. Si vous entendez par extrémisme ceux qui effectivement tuent des innocents et de ce point de vue-là, s’en prennent à la vie d’autrui, ma condamnation est sans condition, absolue », a-t-il indiqué.
« Si vous me posez la question maintenant de ceux qui produisent des propos extrêmes et qui légitiment la mort d’innocents (.), ma condamnation est sans condition » également, a assuré Tariq Ramadan, considéré comme l’un des plus grands penseurs modernes de l’islam.
« Maintenant, si vous me parlez de gens qui produisent une pensée extrême dans leur pratique ou dans l’excès, là je suis opposé. Je ne suis pas d’accord avec cette pensée-là, mais là je débattrai. On ne met pas les gens en prison pour leur pensée extrême, on débat pour le vrai débat d’idées », a-t-il ajouté.
« Il faut, a-t-il indiqué, délimiter des champs en fonction de la définition qu’on donne. Il y a des gens qui ont des positions religieuses extrêmes, mais sans violence. Ceux-là, il faut entrer dans le débat d’idées pour essayer de changer cela ».
« Donc, il faut qu’on fasse attention à ne pas tout confondre » et à « distinguer les choses » : « il y a des conservateurs chrétiens, juifs » comme musulmans.
Selon lui, « on ne peut pas mettre tout le monde dans le même paquet. Il faut refuser cela, il faut refuser cette idée que le conservateur est potentiellement un extrémiste ».

Source: Le Soleil
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