Malgré cinq ans de polémique acharnée et les protestations des autres confessions, les autorités des cinq régions - dont celles de Belgorod, Toula et Koursk - ont introduit les "Fondements de la culture orthodoxe" (OPK) comme "cours de civilisation régionale".
Ces régions sont certes majoritairement orthodoxes mais la démarche inquiète dans un pays qui compte 20 millions de musulmans, notamment dans les républiques du Caucase russe.
"Notre pays est multiconfessionnel, nous devons être tolérants et enseigner l'histoire de toutes les religions", a déploré le ministre de l'Enseignement Andreï Foursenko dans le quotidien Rossiskaïa Gazeta.
Les cinq régions n'ont pas eu besoin du feu vert de Moscou, la loi n'autorisant l'enseignement de "la religion" que comme matière faculative mais restant plus floue pour celui de la "culture religieuse".
"Cette mesure forcée est injuste à l'égard des autres confessions et va contribuer à l'aggravation de la xénophobie", estime Vladimir Iliouchenko, expert à l'Institut de Sociologie auprès de l'Académie russe des Sciences.
Le problème de la xénophobie est particulièrement sensible en Russie, où le nombre de meurtres racistes a triplé au printemps par rapport à la même période de 2005 avec 14 assassinats à caractère raciste enregistrés entre mars et mai 2006.
De jure, la décision ne contredit pas la législation russe.
Mais les enseignants de la nouvelle discipline -- des laïcs formés depuis trois ans par le Patriarcat -- "risquent de présenter la Russie comme un pays d'orthodoxes ce qui va traumatiser, par exemple, les élèves ingouches (de confession musulmane)", craint Alexandre Verkhovski, expert au Centre d'études Sova.
"OPK est une discipline nocive car elle ranime une mentalité d'empire" avec un complexe de supériorité de certains, en l'occurence les Russes, sur d'autres, estime-t-il.
L'enseignement obligatoire "de l'orthodoxie fournit un soutien idéologique supplémentaire aux xénophobes et aggravera un problème déjà très présent", renchérit l'observateur du portail sur les questions religieuses credo.ru, Valéri Emelianov.
Pour le Patriarcat, interrogé par l'AFP, "indépendamment de leurs origines, tous les citoyens russes doivent savoir que c'est l'orthodoxie qui a formé l'Etat russe".
Les élèves n'apprendront pas des prières ou le rite à l'église mais seront sensibilisés à des notions plus large sur l'histoire et l'art orthodoxes, se justifie-t-il en excluant toute dérive.
Cette "+cléricalisation+ risque de provoquer un rejet" chez les élèves, prévient pour sa part le rédacteur en chef de l'hebdomadaire NG-Religion Mark Smirnov.
Depuis la chute du communisme, l'Eglise orthodoxe connaît un développement constant en Russie, encouragé par les autorités et le vide laissé par la disparition de l'idéologie marxiste officielle.
Elle a obtenu sa chaîne de télévision, bénit l'inauguration de monuments ou bâtiments historiques et demande même le retour des aumôneries dans l'armée.
Une majorité de Russes (64%) se disent "croyants" et 22% d'entre eux respectent "tous les rites de leur religion", selon un sondage publié fin août par l'institut Vtsiom en Russie.
"En URSS on ne pouvait pas avouer qu'on était croyant. Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'on est athée", se lamentait mardi le quotidien Izvestia.
Source: AFP