Castel Gandolfo, Italy (IQNA)- Benoît XVI présente ses regrets au monde musulman mais pas ses excuses

14:26 - September 18, 2006
Code de l'info: 1497780
Le pape Benoît XVI a présenté personnellement ses regrets dimanche au monde musulman, se déclarant "vivement attristé" par la vague d'indignation soulevée par l'une de ses citations sur l'islam, qui n'exprime "en aucune manière" sa pensée personnelle.
Le pape n'a pas présenté les excuses formelles que réclamaient de nombreuses voix musulmanes.
En butte aux protestations venues de toutes parts et à des actes de violence anti-catholiques, notamment le meurtre d'une religieuse italienne en Somalie (meurtre dont il n'est pas formellement prouvé qu'il ait un lien avec la polémique actuelle), Benoît XVI a saisi l'occasion de sa première apparition publique dans sa résidence de Castel Gandolfo près de Rome, lors de l'Angélus, pour exprimer l'espoir que "les esprits allaient s'apaiser".
"Je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours (...) considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans, alors qu'il s'agissait d'une citation d'un texte médiéval qui n'exprime en aucune manière ma pensée personnelle", a déclaré le pape.
Lors de son intervention mardi en Allemagne, le pape avait cité un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425) et un Persan musulman érudit sur le thème du rapport entre foi, raison et violence dans le christianisme et dans l'islam.
Benoît XVI a souhaité que soit "clarifié le sens véritable de son discours qui (...) était une invitation au dialogue franc et sincère avec un grand respect réciproque".
Les tentatives du Vatican pour désamorcer la crise avaient jusqu'à présent échoué. Samedi, le nouveau secrétaire d'Etat du Vatican, Tarcisio Bertone, avait exprimé les sentiments attristés du pape et affirmé que Benoît XVI avait été mal compris.
La polémique continuant à enfler, le souverain pontife a pris l'initative inhabituelle de s'exprimer publiquement sur cette controverse sans précédent avec le monde musulman.
Après un flot de réactions indignées depuis plusieurs jours et des demandes d'excuses, les premiers commentaires après l'intervention du pape semblaient plutôt positifs.
En Egypte, l'influente confrérie islamiste des Frères musulmans a considéré la déclaration de Benoît XVI comme "une rétractation par rapport à ses propos précédents", "un bon pas en direction d'une excuse".
"C'est exactement ce que nous voulions entendre", a commenté le Conseil des musulmans de Grande-Bretagne (MCB). Le Conseil central des musulmans d'Allemagne a évoqué un pas "important pour calmer les protestations".
De même, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a estimé que les regrets exprimés par le pape marquaient "une bonne volonté et un désir de paix".
En Inde, un porte-parole des musulmans indiens, Maulana Khalid Rashid, a déclaré "accueillir avec satisfaction" les regrets de Benoît XVI et a appelé à l'arrêt des protestations.
Le pape a reçu le soutien de dirigeants politiques comme la chancelière allemande Angela Merkel et le chef du gouvernement italien Romano Prodi.
A Moscou, le président Vladimir Poutine - dont le pays compte 20 millions de musulmans - a appelé dimanche "les chefs de toutes les confessions du monde à faire preuve de responsabilité et de retenue".
A Gaza, le Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh, qui appartient au mouvement islamiste Hamas, a dénoncé la série d'attaques contre des églises dans les territoires palestiniens.
En revanche, l'Iran a décidé de convoquer l'ambassadeur du Vatican à Téhéran pour "protester fermement" contre les propos du pape. Le grand mufti d'Arabie saoudite a défendu l'esprit du jihad (guerre sainte) dans l'islam, à l'origine "un droit légitimé par Dieu" selon lui.
Et le ministère algérien des Affaires étrangères a estimé que les propos du pape sur l'islam constituaient un "grave développement".

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