Rome (IQNA)- Benoît XVI rompt avec la stratégie de Jean Paul II

16:36 - September 19, 2006
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Le pape Benoît XVI a rompu avec la stratégie de Jean Paul II face à l'islam et il est convaincu de la justesse de sa position, même s'il a exprimé ses regrets au monde musulman, estimaient lundi des experts.
"Alors que Jean Paul II insistait dans son dialogue avec l'islam sur la foi en un Dieu unique et faisait de cette fraternité l'élément essentiel de la lutte commune contre la violence, Ratzinger a adopté l'attitude de quelqu'un qui, ex cathedra, explique comment on doit faire", estime Marco Politi, vaticaniste du quotidien La Repubblica.
Lors de sa visite en Allemagne la semaine dernière, le souverain pontife a dans un long discours théologique évoqué les rapports entre foi, violence et raison, suscitant des réactions indignées du monde musulman qui y a vu un lien entre islam et violence.
"Le pape Wojtyla (...) a construit une stratégie de dialogue et d'implication systématiques des élites islamiques du monde entier. Il est devenu dans le monde musulman un leader spirituel respecté et écouté", a souligné l'expert, interrogé par l'AFP.
Son successeur a au contraire adopté dès le début de son pontificat une stratégie différente.
"Déjà dans sa messe inaugurale, Benoît XVI a annulé toute référence aux rapports fraternels avec le monothéisme islamique", rappelle M. Politi.
Cet été, l'absence du pape au 20e anniversaire de la rencontre inter-religieuse d'Assise voulue par Jean Paul II a été notée par toute la presse italienne, Benoît XVI s'étant contenté de l'envoi d'un simple message.
Pour le souverain pontife, le dialogue avec les autres religions, "c'est chacun bien retranché dans sa propre maison", accuse M. Politi.
L'éditorialiste de La Stampa, Gian Enrico Russoni, exclut pour sa part "une erreur de communication" ou "un simple malentendu" et estime que le pape savait ce qu'il faisait en citant un dialogue entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425) et un Persan musulman érudit.
"Un bon professeur n'a pas recours à une citation meurtrière (...) sans remettre de manière critique la même citation dans son contexte", reproche-t-il.
Dans ce discours dénonçant la violence motivée par la religion, "un passage autocritique" sur la religion catholique aurait été le bienvenu, ajoute l'éditorialiste.
Sandro Magister, vaticaniste de l'hebdomadaire L'Espresso, affirme que Benoît XVI, ancien gardien rigoureux de la doctrine catholique, est partisan de "moins de diplomatie et de davantage d'Evangile", à la différence de Jean Paul II qui communiquait habilement avec tous les leaders religieux.
"C'est ce critère, moins de diplomatie et davantage d'Evangile, qui a conduit le pape à prononcer au cours de son voyage en Allemagne des paroles politiquement aussi incorrectes et potentiellement aussi explosives", écrit M. Magister sur son site internet.
Certains journaux étrangers, comme El Mundo (centre-droit) en Espagne, soulignaient également lundi la nette rupture entre les deux pontificats sur la question de l'islam.
"Jean Paul II avait mis du temps à apaiser les contradictions entre les principales religions. En ce qui concerne l'Islam, Joseph Ratzinger a gâché d'un seul discours tout le travail de son prédécesseur", écrit El Mundo.
La stratégie du Vatican envers l'islam est "à reconstruire" entièrement", conclut M. Politi.

Source: AFP
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