Après avoir tenté à deux reprises d'apaiser les esprits, le pape "accomplit aujourd'hui un geste encore plus important, peut-être historique, en recevant à Castel Gandolfo les représentants d'une vingtaine de pays musulmans", estime lundi Il Messaggero, le quotidien de Rome.
Initiative sans précédent dans l'histoire récente du Vatican, Benoît XVI est déjà par deux fois revenu sur ses propos et a exprimé ses regrets pour les réactions qu'ils ont suscitées dans le monde musulman.
Il n'est cependant pas allé jusqu'à les retirer ou à s'excuser comme le réclamaient des responsables musulmans, souhaitant même que sa "leçon de Ratisbonne" puisse encourager "un dialogue positif et autocritique" entre les religions.
Le Vatican espère qu'après la rencontre, "le dialogue avec les musulmans soit encore plus riche que par le passé", soulignait lundi le quotidien La Repubblica.
La réunion doit commencer à 09H45 GMT dans la résidence d'été des papes de Castel Gandolfo, à une trentaine de kilomètres de Rome.
Outre les ambassadeurs auprès du Saint-Siège des pays peuplés en majorité de musulmans, des représentants de l'islam en Italie ont été invités.
Selon l'agence italienne Ansa, vingt ambassadeurs ou chargés d'affaires seront présents, sur les quelque 25 pays accrédités au Vatican.
La Turquie, où le pape doit se rendre du 28 au 30 novembre, le Maroc, dont l'ambassadeur auprès du Saint-Siège avait été rappelé pour consultation, et l'Iran ont ainsi répondu présent.
La rencontre doit s'ouvrir par un discours de Mgr Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, qui doit être suivi d'un discours de Benoît XVI, selon les médias italiens.
Le cardinal Poupard a indiqué qu'il n'avait "pas souvenir" d'une telle initiative ces dix dernières années, ajoutant que la réunion "veut être un signal de ce que l'appel du Saint-Père au dialogue entre les cultures et les religions est largement accueilli".
La main tendue du pape aux ambassadeurs s'inscrit dans une offensive diplomatique déclenchée par le Vatican après le tollé soulevé par les propos de Benoît XVI lors de son voyage en Allemagne.
Dans son discours, prononcé à Ratisbonne, dans sa Bavière natale, il avait cité des passages d'un dialogue du XIVe siècle entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425) et un Persan musulman érudit sur le thème du rapport entre raison et foi.
Etablissant une distinction claire entre christianisme et islam dans ce domaine, il a été compris comme liant implicitement la religion du Coran à la violence, déclenchant de nombreuses manifestations de protestation dans le monde musulman.
Les nonces (ambassadeurs) en poste dans les pays musulmans ont depuis une semaine préparé le terrain à la rencontre délicate de Castel Gandolfo en expliquant aux autorités politiques et religieuses les propos du pape.
Alors que la presse italienne accueillait positivement lundi la nouvelle initiative du pape, l'éditorialiste du Corriere de la Serra, Magdi Allam, qui est d'origine égyptienne, mettait le Vatican en garde sur le risque qu'une telle rencontre ne se transforme en une "reddition devant les extrémistes islamiques".
Source: AFP