Regardés avec passion après le repas de rupture de jeûne, l'Iftar, ces feuilletons offrent une palette de romances et de drames sociaux, sur une toile de fond politique, et désormais de morale piétiste.
Sur les cinquante séries produites par l'Egypte, leader menacé par la Syrie sur le marché des télévisions arabes hertziennes et satellitaires, une dizaine sont désormais clairement estampillées "religieusement correct".
Six mois après s'être voilée et avoir appelé à l'"iranisation" du cinéma égyptien, la star Hanane Turk est apparue avec le hijab dans la série "Enfants de la rue" qui témoigne du sort des enfants abandonnés du Caire.
C'est en fin de ramadan que devrait sortir sur les écrans le film "Dounia" dans lequel la jeune comédienne incarne une jeune danseuse s'interrogeant sur le désir féminin, pour son dernier rôle d'actrice non voilée.
Pour le critique Yasser Moucher, d'Al-Ahram hebdo, la grille des feuilletons est "marquée par le come-back de comédiennes voilées", essayant de reconquérir leur popularité dans des drames "respectables et engagés".
Onze ans après avoir créé la surprise en annonçant, en même temps qu'elle se voilait, son départ des studios, Souheir al-Babli en a repris le chemin, voilée, pour tourner le rôle vedette du feuilleton "Le coeur de Habiba".
Diffusée notamment sur la chaîne satellitaire égyptienne Dream, cette série montre "Souska", son sobriquet d'antan, sous les traits d'une pieuse femme ne vouant plus son existence qu'à de bonnes oeuvres.
"Avant je rêvais de finir ma vie sur scène, aujourd'hui j'aimerais la terminer prosternée devant Dieu", dit Souheir al-Babli, qui n'hésitait pas sur les planches à se glisser dans les personnages de femmes perdues ou criminelles.
Sabrine, qui annonça aussi son retrait en 2000 après avoir incarné en 37 épisodes la célèbre chanteuse Oum Koulsoum, réapparaît dans "Un cahier par citoyen" comme une femme pieuse ramenant son mari sur le bon chemin.
Ce sont aussi Souheir Ramzi, Abir Sabri ou Mona Abdel-Ghani qui donnent, toutes voilées, dans ce genre moral en phase avec l'islamisation de la société et la grande vogue des prédicateurs islamistes new-look, comme Amr Khaled.
"Quelque 70% des Egyptiennes sont voilées, et je suis sûr que les femmes adoreraient me voir jouer", affirme Abir Sabry, un autre star récemment adepte du hijab, qui reste en attente d'un "bon rôle en accord avec l'islam".
L'actrice Rogina a, elle, décidé de faire retraite durant ce mois sacré pour les musulmans. Epouse du président du syndicat des comédiens, Achraf Zaki, l'actrice a affirmé avoir remisé tous les scénarii pour ne lire que le Coran.
Un député du mouvement des "Frères musulmans", Ibrahim Zakariya Younés, a interpellé le Premier ministre Ahmad Nazif ainsi que le ministre de l'Information Anas el-Féki pour se plaindre de l'absence de ces séries dans la grille des chaînes publiques égyptiennes.
Pour le critique Tarek Cherraoui, "la bonne réponse est que la commission de sélection les a écartées en raison de leur faible niveau artistique", en plus du fait qu'elles se bornent à "faire de la morale sur écran".
Mais il considère inévitable que les séries télévisées comportent de plus en plus de femmes voilées, comme "un reflet de la réalité sociale" de l'Egypte contemporaine.
Sur les forums internet, la réapparition des stars égyptiennes, anciennement glamour, sous des voiles d'aspect divers, laissent parfois perplexes des internautes.
Le retour de Souheir Ramzi, après 13 ans hors des studios, le visage encadré d'un hijab léopard, sidère Youssef, un jeune algérien, qui écrit sur comlive.net: "Eh bien, je ne sais pas qui la conseille, mais c'est trop moche".
Source: AFP