Liban (IQNA)- Fête du Fitr

13:17 - October 22, 2006
Code de l'info: 1504188
Un seau éventré entre ses pieds, Moustapha attend samedi le passage du ferrailleur. Décidé à célébrer l'Aïd al-Fitr coûte que coûte, l'enfant de 9 ans espère lui vendre le fruit de sa cueillette: des éclats d'obus récupérés dans les ruines.
Embourbé sous les premières pluies de la saison, son village du Liban sud, Saddiqine (10 km au sud-est de Tyr), est l'un des plus meurtris et n'a pas le coeur à la fête qui marque lundi au Liban la fin du mois de jeûne musulman de ramadan.
Dans cette localité chiite de 6.200 habitants, le maire, Ahmad Azzam, a recensé 449 maisons complètement détruites et 700 endommagées par les bombardements israéliens de juillet-août, lors du conflit contre le Hezbollah.
La population d'agriculteurs, qui vit habituellement du tabac et de l'olive, survit aujourd'hui grâce au soutien des ONG.
Ni Moustapha ni ses trois frères et soeurs ne vont à l'école cette année, faute d'argent. Alors la fête, même pas la peine d'y penser, reconnaît la mère, Iman Daher, en balayant la véranda. A l'étage, la grand-mère désigne les fissures qui défigurent la façade.
"Maman n'a pas d'argent pour organiser la fête, j'ai décidé d'en trouver", explique Moustapha qui peine à soulever son butin mais refuse de renoncer aux réjouissances qui, d'ordinaire s'accompagnent d'un riche repas et de petits cadeaux pour les enfants.
Pour dix kilos -lui qui en pèse à peine vingt- de pièces de métal tordu, le ferrailleur lui donne 3.000 livres libanaises (2 dollars américains).
En pantalon de survêtement, pieds nus dans ses claquettes, il arpente inlassablement son terrain de chasse, des gravats de béton mêlés de détritus et vêtements en lambeaux sous lesquels dorment encore les engins non explosés des bombes à sous-munitions.
Seuls les abords immédiats des maisons ont été nettoyés par l'armée libanaise, indique Iman, qui tente d'empêcher ses enfants de s'éloigner sans arriver à contrer la détermination de Moustapha.
"Moi je lui ai interdit d'aller traîner comme ça, assure le père. Hier, je lui ai collé une trempe: il avait rapporté une mine, grosse comme la taille du poing". L'engin, désactivé ou mal conçu, s'est avéré inoffensif. Cette fois.
Samedi matin, il a ramené un déclencheur.
La famille est partie le 14 juillet se mettre à l'abri près de Tyr, à six sur le scooter du père. A son retour, elle avait perdu la récolte de tabac qui assure sa subsistance et aujourd'hui hésite à se lancer dans les oliveraies pour en cueillir les fruits.
"Personne n'a de travail ici", constate Ahmad Azzam, qui reçoit à l'arrière d'une épicerie depuis la destruction de sa mairie et, muni de tampons, essaie de répondre aux requêtes de ses administrés.
"Pour se débarrasser des mines et retourner aux champs, certains vont jusqu'à tirer dessus au fusil pour les faire exploser". Un soldat libanais et deux jeunes hommes, de 14 et 30 ans, ont été blessés par des engins non explosés.
Alors que les grandes villes se préparent aux célébrations, que Tyr samedi résonne déjà des pistolets à amorces et des pétards des enfants, que les femmes courent au marché, celles des villages du sud s'abstiennent.
Avec le froid et l'humidité qui arrivent, les familles sont surtout préoccupées de colmater les brèches, parfois béantes, de leurs habitations et de remplacer portes et fenêtres qui ont volé en éclats.

Source: AFP
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