Italie (IQNA)- Une école italo-égyptienne sème la discorde à Milan

9:56 - October 27, 2006
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Fermée faute d'autorisation après deux jours de fonctionnement, une école dispensant des cours en italien et en arabe provoque la polémique à Milan (nord) où la mairie rechigne à donner son feu vert à son ouverture.
L'institut Naguib Mahfouz, du nom du prix Nobel de littérature égyptien (1988), a suspendu ses cours depuis le 11 octobre, après deux jours d'ouverture illégale en raison de l'absence de plusieurs certifications techniques.
Mais c'est avant tout le contenu de ses programmes qui suscite la polémique avec deux heures de religion, musulmane ou copte, prévues chaque semaine sur la trentaine d'heures de cours dispensés en italien et en arabe.
Quelque 80 enfants de 6 à 13 ans, essentiellement égyptiens, ont assisté aux premiers cours donnés par des enseignants italiens et originaires de pays arabes.
"Nous sommes une école laïque et absolument pas islamique. Nous voulons donner un enseignement répondant aux exigences scolaires égyptiennes et italiennes", explique le fondateur de l'établissement Mahmoud Othman.
M. Othman, entrepreneur égyptien de 43 ans arrivé à Milan en 1989, a décidé de fonder cette école en emmenant avec lui les familles "les plus modérées" d'une école coranique fermée l'an dernier à Milan après avoir fonctionné 14 ans dans l'illégalité.
"Nous voulons une école respectant les lois et ouverte sur l'extérieur. Nous n'avons rien à voir avec le précédent de la via Quaranta", affirme-t-il à l'AFP.
Du côté des parents, c'est l'inquiétude qui prédomine devant l'absence de scolarisation.
"J'ai fait venir d'Egypte mes deux fils et ma fille pour qu'ils puissent suivre un double cursus. Il existe des écoles françaises, allemandes ou anglaises, pourquoi par une égyptienne?", lance Mostafa Mubarak.
Les dirigeants de l'école affirment avoir déposé tous les documents nécessaires à sa réouverture, n'attendant que le feu vert de la mairie de Milan. Mais la maire de Milan, Letizia Moratti (droite), n'a toujours pas donné sa réponse.
"Une association qui veut ouvrir une école a le droit de le faire mais en respectant la législation", a-t-elle rappelé jeudi.
"En outre, nous avons des écoles publiques considérées comme parmi les meilleures en terme d'intégration, capables de respecter l'identité de chacun", a-t-elle ajouté.
La directrice de l'école, Lidia Acerboni, dénonce quant à elle un "acharnement politique".
"Nous avons été inspectés neuf fois, la direction régionale à l'enseignement scolaire a approuvé nos programmes. Si l'autorisation ne vient pas, nous irons devant les tribunaux", a-t-elle déclaré à l'AFP.
L'opposition de gauche de la mairie de Milan est pour l'ouverture.
"Je suis favorable au modèle d'intégration par l'école publique mais nous devons respecter les souhaits d'une minorité", souligne le chef du groupe de l'Olivier (gauche), Marilena Adamo.
Pour le professeur de langue et littérature arabe à l'Université Cattolica de Milan, Paolo Branca, cette polémique révèle surtout une carence dans l'intégration des immigrés.
"Plus de 90% de ces enfants, selon les statistiques, resteront en Italie. Vouloir leur apprendre l'ensemble du programme égyptien est absurde et ne répond qu'au rêve des parents qui imaginent qu'ils retourneront en Egypte", dit-il à l'AFP.
"Il sera difficile politiquement de dire non à une école respectant les règles même si ce n'est pas la meilleure solution pour que les enfants gardent le contact avec leur culture d'origine", conclut-il.

Source: afp
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