Bagdad (IQNA)- Le partage de l'Irak serait un désastre

15:52 - October 28, 2006
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Face aux difficultés rencontrées par les Etats-Unis pour mettre un terme à la violence en Irak, les stratèges sont à la recherche de solutions mais les experts avertissent que le partage du pays en trois régions conduirait au désastre.
En Irak même, des factions rivales - tout en affirmant qu'elles ne cherchent pas l'éclatement de l'Irak - font pression pour avoir une plus grande autonomie sur des bases religieuses ou ethniques, au sein d'un Etat fédéral décentralisé.
Toutefois, des experts estiment que s'engager dans cette voie, ou même l'encourager pourrait mener à un désastre: une guerre civile, davantage de morts civils et un Proche-Orient encore plus instable.
Dominique Moisi de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI), a déclaré que l'hypothèse d'un partage de l'Irak a "déjà été évoquée dans le passé, mais personne n'en fait la promotion parce que l'on sait ce que cela coûterait".
Le mois dernier, le parlement irakien a voté une loi qui, dans 18 mois, permettra aux Irakiens de décider, par referendum, s'ils veulent fusionner leur province avec d'autres pour constituer une région plus vaste.
Cette loi a été fermement soutenue par la minorité kurde qui bénéficie déjà d'une autonomie de facto et voudrait la formaliser, et par Abdel Aziz al-Hakim, président du Conseil Suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII, chiite).
Si Abdel Aziz al-Hakim défend aussi fermement le fédéralisme, c'est parce qu'il espère que le CSRII, soutenu par l'Iran, s'imposera dans un gouvernement régional et gèrera les ressources pétrolières et les ports.
"Le fédéralisme garantira que nos enfants et petits enfants ne connaîtront plus l'injustice passée", a-t-il dit devant des milliers de ses partisans à Bagdad.
La minorité sunnite, qui n'a pas encore admis avoir perdu le pouvoir qu'elle exerçait sous Saddam Hussein, redoute d'être laissée pour compte dans ses provinces désertiques et sans pétrole, du centre et de l'ouest du pays.
De nombreux experts, cependant, prédisent un désastre si les liens qui unissent la société et le monde politique irakiens se délitent.
"On oublie souvent que l'Irak est un pays incroyablement complexe", a déclaré Laleh Khalili, chercheur à l'Ecole des études orientales et africaines de Londres.
"Kirkouk n'est pas seulement kurde. Elle a une large population arabe sunnite. D'autre part, Bagdad a une importante population chiite", a-t-elle dit, signifiant que ces deux régions clefs - l'une riche en pétrole, l'autre capitale du pays - ne seraient pas faciles à attribuer à l'une ou l'autre province.
Si la violence qui ravage l'Irak est essentiellement entre les chiites et les sunnites, elle n'est pas toujours confessionnelle. "Le partage ne résoudrait pas le problème du conflit au sein de la communauté chiite", a ainsi remarqué Dominique Moisi.

L'éclatement de l'Irak susciterait en outre de très sérieuses inquiétudes au Proche et Moyen-Orient.
"Je ne pense pas que les Iraniens ou les Turcs aimeraient le partage, d'abord parce que cela signifierait immédiatement que les Kurdes auront leur propre Etat", a ajouté Laleh Khalili.
Face à ces perspectives, le président George W. Bush a estimé la semaine dernière que le partage de l'Irak causerait un "désordre plus grand que celui qui sévit actuellement".

Source: cyberpresse.ca
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