Austère théologien d'un catholicisme conservateur, Pape Benoît XVI a appris à se couler dans un moule plus diplomatique et affirmé publiquement son soutien au processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre issu du mouvement islamiste, a compris qu'il jouait son image de leader politique d'un islam démocratique. Après des semaines de tensions, la visite a démarré, hier, sous les meilleurs auspices dans une capitale turque pavoisée aux couleurs jaune et blanc du Vatican.
Un accueil chaleureux puis une vingtaine de minutes de tête-à-tête où le Premier ministre, tout en s'excusant de devoir se rendre au sommet de l'Otan à Riga, a affirmé que, «dans cette période marquée par la tension entre les civilisations», cette visite «allait contribuer à la paix mondiale».
Dans l'avion, Benoît XVI a évoqué la Turquie comme «carrefour des civilisations et charnière entre l'Europe et l'Asie». Il a rappelé que Kemal Atatürk, le fondateur de la république, avait eu comme «modèle» la France et sa Constitution laïque. Mais il a aussi dénoncé les dangers d'un «laïcisme», c'est-à-dire «une séparation totale» entre la vie publique et les valeurs «qui ont fondamentalement comme origine la religion». Cela ne peut que plaire aux islamistes au pouvoir à Ankara.
Pour Erdogan, l'enjeu est de taille. En un moment de fortes tensions avec les Vingt-Cinq sur le dossier chypriote et d'un possible gel partiel des négociations d'adhésion, le soutien papal est bon à prendre. Il était le premier à s'en vanter devant les télévisions. «Je lui ai demandé son soutien sur notre chemin vers l'U.E.. Il a dit : "Nous voulons que la Turquie fasse partie de l'Union européenne"...». La réponse du pape était en fait plus nuancée, même s'il a explicitement utilisé le mot «intégration».
Source: Libération