Alors qu’une partie de la classe dirigeante russe campe sur des positions monoethniques intransigeantes et entretient la guerre en Tchétchènie, le président Poutine et son bras droit, le Tchétchène Vladislav Surkov, tentent d’insérer la Russie dans le concert des États islamiques.
A la fin du mois de juin le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, prendra part aux travaux de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI). Depuis quelques années Moscou intensifie ses contacts avec cette organisation étant donné que cela est indispensable pour les près de 20 millions de musulmans peuplant le pays.
Les musulmans en Russie, ce sont des habitants de souche. Quant à l’histoire de l’islam, sur son territoire ses racines sont encore plus profondes que celles de l’orthodoxie. Par conséquent, la Russie est pleinement fondée de considérer qu’elle est impliquée dans le sort du monde islamique et elle participe activement à l’examen de ses problèmes.
Une bonne partie des Azerbaïdjanais pratique le Chiisme. Cependant, ces derniers temps un grand brassage s’est produit dans la communauté musulmane russe : du fait de la migration assez massive d’habitants des républiques du Caucase du Nord vers d’autres régions de Russie et de la venue en Russie d’un grand nombre d’immigrés musulmans en provenance de pays de la Communauté des États indépendants (CEI) il se produit au sein de la communauté musulmane des tiraillements entre les différents groupes ethniques et culturels.
Le Grand mufti de Russie et président de la Direction spirituelle centrale des musulmans de Russie, Talgat Tadjoutdine, et le président de la Direction spirituelle des musulmans de la partie européenne de la Russie, Ravil Gaïnoutdine, se livrent à une lutte sans merci pour savoir lequel des deux accédera à la tête de la communauté musulmane du pays. Quant aux muftis des républiques du Caucase du Nord, en 1999 ils avaient créé le centre de coordination des musulmans du Caucase du Nord, dans une bonne mesure pour contrecarrer les tentatives de Talgat Tadjoutdine et de Ravil Gaïnoutdine de les rallier sous leur bannière. Des contradictions déchirent aussi le Conseil des muftis de Russie. À tout cela il faut encore ajouter la crise traversée par les Directions spirituelles des musulmans (DSM).
Dans l’ensemble on observe une absence de dialogue permanent entre l’État et les forces politiques du pays, d’une part, et les personnalités et organisations musulmanes, de l’autre.
Plus de 1.700 mosquées ont été construites au Daghestan, on y recense une bonne dizaine d’établissements d’enseignement supérieur islamique et des centaines de mektebas et de medersas.
Par contre, en Adyghée on dénombre moins de 100 mosquées et pas un seul établissement d’enseignement islamique n’y a été créé. Bien évidemment nous sommes loin d’avoir énuméré tous les problèmes auxquels la communauté islamique russe est confrontée. Ces problèmes sont naturels, ils sont dus à la logique du processus de renaissance de la vie religieuse des musulmans croyants. En quinze années de renouveau islamique en Russie beaucoup a été fait, mais ce n’est que le début du chemin. La coopération avec les communautés islamiques d’autres pays, avec les organisations musulmanes comme l’OCI est indispensable.
Source: Voltairenet