Non loin des ruines d’un immense temple bouddhiste détruit en 1767 par les Birmans, ennemis séculaires des Thaïs, le pays dévoile une partie de son identité musulmane.
En effet, dans l’enceinte de l’université d’Ayutthaya, se trouve le mausolée de Cheikh Ahmed Raza, le premier cheikh al Islam de Thaïlande. Venu de Perse (Iran), il s’est établi avec son père dans le pays en 1630 où il s’est marié avec une femme avec laquelle il eut trois enfants.
Mais, bien avant, l’Islam avait pénétré dans ce pays dès le 14e siècle avec les musulmans de la province chinoise du Yunan.
C’est à partir de cette période que la religion musulmane s’est répandue en Thaïlande, malgré l’ancrage bouddhiste du pays. Aujourd’hui, sur 64 millions d’habitants, les mahométans représentent 10% de la population, soient 6 millions de fidèles.
Près de 60% des musulmans habitent dans les cinq provinces du Sud et 20% à Bangkok et ses environs. C’est une communauté qui a des relations très suivies avec la Malaisie voisine, l’Indonésie et les pays arabes.
Elle est dirigée par un cheikh al islam qui a sous son autorité 36 comités islamiques qui représentent autant de provinces.
Très à cheval sur les préceptes islamiques, les musulmans thaïlandais, malgré le développement fulgurant que connaît le pays depuis 25 ans et qui a donné naissance à une société de consommation, ne mangent que de la nourriture halal, c’est-à-dire qui ne contient aucun produit ou substance interdit par l’Islam.
Selon le témoignage de M. Damrong Phudtan, ancien sénateur et figure de proue de la communauté musulmane, installé à Ayutthaya, « ici, que l’on soit musulman, bouddhiste ou chrétien, on est tous des Thaïs ».
Cet homme d’origine iranienne vit en Thaïlande depuis 50 ans et se félicite de la parfaite harmonie qui existe entre les personnes de différentes confessions.
il poursuit : « quand j’étais petit, j’apprenais le Coran à la mosquée, et c’est mon père qui payait mon maître coranique. Aujourd’hui, les enfants apprennent le Coran à l’école, et c’est pris en charge par le budget de l’Etat ».
La Thaïlande compte 3000 mosquées dont 164 à Bangkok, la capitale.
La mosquée Ahmadia dans la province d’Ayutthaya accueillis par l’imam Abdelhaziz Bin Abdullah, président du comité islamique de la localité, entouré de dignitaires musulmans, une communauté qui semble très solidaire et consciente de sa propre identité.
A l’intérieur du lieu de culte, des fillettes voilées offrent sagement du café, des fruits et de l’eau minérale en guise de bienvenue.
Des jeunes garçons vont ensuite prendre le relais par des chants et un récital de Coran.
L’imam de la mosquée déclare : « ici, en Thaïlande, nous prônons un islam tolérant et modéré. Dans notre province, Bouddhistes et Musulmans vivent en bonne intelligence et la constitution promeut la liberté de culte ».
En matière de réussite sociale d’un membre de la communauté musulmane, le cas de M. Aniruth Smuthkochorn, président de l’Association thaïlandaise islamique pour le commerce et l’industrie. Très à l’aise dans son costume impeccable, il déclare : « je suis fier d’être musulman thaïlandais, car j’ai les mêmes opportunités que tous les autres Thaïlandais. Et il faut que tout le monde sache que les musulmans d’ici veulent la paix ».
Très sensibles à tout ce qui touche la Oumah islamique, les musulmans de Thaïlande dont le pays est aussi membre de l’Oci, ont condamné l’intervention américaine en Irak.
Source: lesoleil