L'Achoura, scène primitive des chiites

8:17 - January 21, 2008
Code de l'info: 1621709
Iran (IQNA)- Samedi 19 janvier, les Iraniens ont célébré, l'Achoura, dixième jour du mois de mouharram.
Il correspond au martyre d'Hussein (AS), fils d'Ali (AS), le fondateur du chiisme, et petit-fils du Prophète Mahomet (SAWA), lors de la bataille de Kerbala, devenue pour cela la deuxième ville sainte du chiisme après Nadjaf où est installé le mausolée d'Ali (AS).
Alors que l'Achoura est souvent réduite en Occident aux défilés spectaculaires, pendant lesquels les fidèles se flagellent ou se mutilent à coups de sabre pour communier dans la souffrance - qui avait marqué la mort de Hussein (AS) -, elle donne lieu en Iran, mais également au Liban, selon la spécialiste du chiisme Sabrina Mervin, à un authentique art théâtral, le tazieh, qui retrace l'épopée de la famille du Prophète ("Ahl Al-Beit") (AS) et notamment le martyre de l'Imam Hussein (AS) à Kerbala et l'exil de sa famille à Damas.
Le drame se noue en 680 de notre ère. Pourchassé par les troupes de Yazid, fils de Moaouiya, calife sunnite de la dynastie des Omeyyades, Hussein (AS) tente en vain de se réfugier dans la ville de Koufa, mais se retrouve encerclé par ses ennemis dans le désert avec soixante-douze de ses compagnons. Harcelés et assoiffés - les troupes de Yazid leur barrent en effet l'accès aux eaux de l'Euphrate pourtant tout proche -, les compagnons de Hussein (AS) tombent les uns après les autres. L'imam est décapité par Shemr, le chef de guerre chargé par Yazid de l'élimination des rebelles.
Dans les villes et villages d'Iran, le Tazieh raconte cette fin tragique, qui symbolise également la lutte contre l'oppression et la tyrannie. Des troupes d'acteurs professionnels dans les grandes villes, de simples amateurs dans les localités les plus modestes jouent des scènes de la mort de Hussein (AS).
C'est à partir du XVIIIe siècle que la commémoration a évolué vers un véritable genre théâtral qui se déroule sur plusieurs jours et qui culmine le jour de l'Achoura. C'est à cette époque également qu'il s'est attaché en Iran à un lieu propre, dans les grandes villes : le tekieh, un théâtre en rond construit parfois à grands frais alors qu'il n'est que très peu utilisé dans l'année.
Les similitudes entre le tazieh et les mystères chrétiens du Moyen Age sont nombreuses : même mise en scène édifiante d'une Passion rédemptrice, même dispositif scénique qui place les acteurs au centre de l'aire de jeu. Mais le tazieh a traversé les siècles, survivant tout aussi bien aux dynasties qui se sont succédé en Iran (Reza Chah Pahlavi l'avait interdit dans les années 1930) qu'à la Révolution Islamique de 1979.
Source: lemonde
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