Mahmoud al-Gamal, professeur à l’université de Rice (Texas), est chargé de suivre l’actualité des produits islamiques (prêts, obligations) pour le compte du département du Trésor.
Il s’agit bien plutôt de la réponse apportée à la déferlante de la finance islamique, jusqu’à présent cantonnée à une activité de niche du fait des restrictions imposées par la charia. En 1974, au sommet de Lahore, l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) décide de créer la Banque Islamique de Développement (BID), basée à Djeddah, en Arabie saoudite.
En 1975, la première banque islamique privée, la Dubaï Islamic Bank, voit le jour.
En 1979, le Pakistan décide l’islamisation des banques, suivi, en 1983, par le Soudan et l’Iran. Mais l’expérience est un échec : faillite de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) pakistanaise, pertes de la banque Fayçal en Égypte et quasi-faillite de la BID, renflouée par la Banque centrale d’Égypte.
C’est grâce à la mondialisation que la finance islamique connaît un renouveau, avec, notamment, le lancement en 2002, par la Malaisie, du premier emprunt d’État islamique, le sukuk, l’obligation islamique.
Aujourd’hui, selon une étude de l’International Organization of Securities Commissions (IOSC) publiée en 2004, 265 banques islamiques détiendraient 262 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
Ce marché s’est développé dans les pays musulmans, dans le Golfe et en Asie (Malaisie, Bangladesh, Brunei, Indonésie), à partir de Dubaï puis de Singapour.
En deux ans, l’encours des sukuks a été multiplié par quatre. Au total, le stock de dettes islamiques s’élèverait à 8 milliards de dollars et « pourrait atteindre un encours de 10 milliards de dollars d’ici douze à dix-huit mois », explique Atiq Ur Rehman, responsable des pays émergents au sein de la banque britannique HSBC.
Certes, on est encore loin de l’encours de la dette obligataire classique, mais le marché est en pleine expansion.
Au début de l’année, la compagnie aérienne Emirates - dernière entreprise en date à avoir lancé un sukuk - a ainsi décidé d’emprunter 700 millions de dollars sur sept ans.
De son côté, la Malaisie étudierait la possibilité d’un emprunt record de 1,3 milliard de dollars pour financer une centrale thermique de 140 mégawatts à Jimah.
Si le sukuk se réclame ouvertement de l’islam, nul besoin, en revanche, d’être musulman pour en vendre ou y souscrire.
La plus importante banque islamique est ainsi Citigroup, la première banque des États-Unis ! Ses concurrentes occidentales directes ne sont pas en reste, puisque HSBC, BNP Paribas ou encore la Standard Chartered se sont déjà ruées sur ce marché prometteur.
Autre exemple : pour la première fois, un émetteur non musulman a eu recours, l’an dernier, à un produit issu d’une institution fidèle aux principes de la charia.
Source: ribh