Le ministre des Cultes coupe les vivres à l'Exécutif musulman, « plus légitime ».

16:47 - February 03, 2008
Code de l'info: 1625973
Belgique(IQNA)- L'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) est sans le sou. Le ministre fédéral des Cultes, Jo Vandeurzen (CD&V), a suspendu les subsides publics dont bénéficie l'organe qui assure la gestion temporelle du culte islamique. La nouvelle réjouit les partisans d'une refonte de la représentation officielle de l'islam.
Le président du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax), Radouane Bouhlal, passe à l'offensive, à titre personnel : il appelle à la tenue d'assises de l'islam, afin de mettre en place de nouveaux interlocuteurs réellement représentatifs de la communauté musulmane de Belgique.
L'EMB n'est plus seulement sans le sou. Il est aussi paralysé, décrédibilisé… L'institution est inculpée pour faux et usage de faux, dans le cadre d'une instruction menée par le juge bruxellois Michel Claise. Son dossier devrait être bouclé d'ici un mois. Par ailleurs, l'EMB, institué au terme d'élections confessionnelles largement boycottées par la communauté marocaine, est miné par les dissensions internes. Au gré des révocations et des démissions, moins de la moitié des élus de l'EMB (7 sur 17) sont encore en fonction.
Le ministre des Cultes insiste : « Plus de la moitié des membres de l'Exécutif a démissionné ou n'a plus la confiance de l'assemblée générale (NDLR : dont le président a également démissionné). Aussi, l'Exécutif n'est plus représentatif. »
Jo Vandeurzen annonce qu'il « négociera d'ici peu avec toutes les parties impliquées »… La nouvelle réjouit les partisans d'une refondation de la représentation musulmane auprès des autorités.
« Nous n'en sortirons qu'en impliquant toutes les écoles de pensée et toutes les origines ethniques de la communauté musulmane, lance Radouane Bouhlal, qui annonce la tenue des premières assises de l'islam… Rassemblons autour d'une même table les sunnites, les chiites, les soufis, voire même les salafistes. Invitons le ministère de la Justice à accompagner le processus de concertation, en tant qu'observateur, et confions à la communauté la responsabilité qui lui revient de désigner de nouvelles instances représentatives. »
Radouane Bouhlal envisage une vaste concertation en trois temps : d'abord, s'accorder sur la structure de l'organe qui deviendra l'interlocuteur officiel de l'islam auprès des autorités publiques (le futur « Exécutif ») ; ensuite, déterminer sa sphère de compétence (le contenu des cours de religion islamique, la formation des imams, l'accompagnement du processus de reconnaissance des mosquées…) ; enfin, arrêter une position commune sur les questions de société négligées, voire tues par l'Exécutif actuel, comme l'égalité hommes-femmes, le port du voile, l'attitude à avoir envers les musulmans qui renoncent à leur foi (apostasie), l'homosexualité, le dialogue interculturel…
Radouane Bouhlal appelle la communauté musulmane de Belgique (400.000 citoyens) à se prendre en mains et se dit d'emblée disposé à plaider cette cause auprès du ministre Vandeurzen.
Son appel n'est pas innocent. En coulisses, les missions diplomatiques des principaux pays d'origine des musulmans de Belgique – le Maroc et la Turquie – ne restent pas inactives, face à la chute de l'EMB… Les autorités turques espèrent encore rétablir leur mainmise sur l'EMB, en négociant la libération des subsides 2008 suspendus par le ministre des Cultes. Les autorités marocaines misent plutôt sur l'activation d'une structure parallèle à l'EMB, avec l'ambition d'imposer la théologie d'orientation malékite : la mise en place d'un « Conseil des oulémas » est annoncée, de même qu'un centre de formation d'imamas, à Charleroi… « Bref, le retour de l'islam des ambassades », commente un observateur
Source: sezamemag
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