La finance islamique, un marché de plus de 600 milliards de dollars en 2007

12:26 - March 10, 2008
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Beyrouth(IQNA)- La finance islamique connaît un tel boom que les grands noms du secteur, tant à Londres et à Genève qu’en Asie ou dans le Golfe, n’ont pas hésité à s’y convertir.
Les banques libanaises n’échappent pas à la tendance en multipliant les guichets islamiques, du moins lorsqu’elles partent à l’assaut des marchés arabes.
L’enjeu est de taille, dans un marché évalué entre 600 et 800 milliards de dollars. « Les actifs dans le bilan des banques et des compagnies d’assurances islamiques ont été évaluées par le Fonds monétaire international, les agences des notations et magazine The Bankers à 500 milliards de dollars en 2007 », indique Anouar Hassoune, vice-président et directeur senior de crédit à Moody’s Investors Service France, de passage à Beyrouth dans le cadre d’une conférence organisée à l’ESA.
Il n’existe en revanche pas de chiffres exacts concernant les actifs hors bilan, gérés par les fonds islamiques, mais les estimations font état d’environ 200 milliards de dollars, ajoute-t-il.
Pilotée par des « comités charia », la finance islamique consiste à proposer des instruments de placements respectant les principes de bases de l’islam, en premier lieu celui de l’interdiction d’un intérêt fixe, assimilé à de l’usure(riba). Cette prohibition a donné lieu à une véritable ingénierie financière permettant de faire du prêteur non pas un créancier, mais un associé, par le biais de montages juridico-financiers plus ou moins compliqués (mourabah, mousharaka, moudaraba…).
L’autre restriction majeure de la finance islamique est d’ordre sectoriel : sont interdits les placements dans certaines industries comme l’alcool, le jeu, le porc, les armes, les banques conventionnelles…
« Les entreprises considérées conformes à la charia sont celles qui sont socialement responsables, c’est-à-dire qu’elles représentent un bénéfice pour la société et non un coût », indique M. Hassoune.
Cet argument éthique explique d’ailleurs l’essor de la banque de détail islamique ces dernières années. « Autrefois, les clients devaient payer une prime à l’islamité, poursuit l’analyste. Aujourd’hui, dans certains marchés comme la Malaisie, l’Arabie saoudite, le Koweït ou les Émirats arabes unis, les banques islamiques ont atteint la masse critique leur permettant de proposer des produits de placements de même qualité et au même prix que les banques conventionnelles, avec en plus la conscience tranquille. »
En Arabie saoudite, par exemple, 90 % des produits proposés sont aujourd’hui conformes à la charia. Dans le Golfe en général, les banques islamiques, qui représentent 17 % du secteur, connaissent une croissance de l’ordre de 30 % par an, grâce au « retail » (banque de détail).
Mais les ménages ne sont pas les seuls clients sensibles à l’argument moral. « À rendement et à risque égal, un cinquième des investisseurs institutionnels ou fortunés dans le Golfe préfèrent un produit d’investissement islamique à un produit conventionnel », selon Anouar Hassoune. D’où l’émergence des fonds islamiques, gonflés par les liquidités du pétrole.
Ces fonds investissent dans des actifs conformes à la charia, comme les matières premières, ou les actions, mais aussi les obligations islamiques, appelées soukouks. De tous les instruments islamiques, les soukouks sont ceux qui connaissent le plus grand développement. En 2007, ces obligations représentaient 97 milliards de dollars, dont 66 % ont été émis en Malaisie, « un marché à lui seul », suivi par le Golfe, « qui compte pour environ 30 milliards de dollars ».
En cinq ans, le volume des soukouks est ainsi passé de 2 milliards de dollars à 2002, à près de 100 milliards, dont seul 20 % sont des émissions souveraines.
« Aujourd’hui, la finance islamique n’est plus seulement une finance d’intermédiation, consistant à lever des dépôts pour financer le crédit. Elle est créatrice d’externalités économiques grâce aux banques d’investissements islamiques, qui investissent dans les infrastructures, et qui permettent aux entreprises d’accéder à des fonds propres », souligne M. Hassoune.
Mais les banques islamiques restent très petites au regard des besoins de financement dans la région. « Ce qui nous permet d’anticiper un boom de la titrisation islamique dans les années à venir », ajoute-t-il.
Source: lorient-lejour
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