Après une semaine bien chargée en école d’architecture, pas de repos pour Aurélie, 20 ans, Française convertie à l’islam. Chaque dimanche, à 9 h , elle se rend à l’Institut français des études et sciences islamiques (IFESI, Boissy-Saint-Léger, Val-de-Marne). Jusqu’à 20 heures «Il y a beaucoup de travail personnel, et ça demande beaucoup de temps… mais je me suis habituée aux nuits blanches !», confie-t-elle. Même chose pour Hayet, 33 ans, mariée et mère d’une petite fille, étudiante à l’Institut européen des sciences humaines (IESH, Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) : «C’est vrai que c’est très fatigant, et que je ne me couche jamais avant une heure du matin. Mais quelle fatigue agréable !»
Hayet a grandi en Algérie, au sein d’une famille très conservatrice. Diplômée en génie civil, elle a décidé de suivre des cours d’islamologie pour défendre une cause qui lui tient particulièrement à cœur : le droit des femmes. «Étudier la théologie musulmane est le seul moyen d’avoir une légitimité aux yeux de certains musulmans. Les femmes sont malheureusement minoritaires dans les milieux théologiques. C’est pour ça que l’on entend beaucoup de sottises sur ce sujet. Il est donc important pour elles de maîtriser la théologie afin de défendre leur cause de manière «scientifique» c’est-à-dire fondée sur les preuves scripturaires de l’islam, le Coran et la tradition du Prophète Mohammed», explique Hayet, pleine d’espoir. Marwa, 22 ans, étudiante en économie-gestion, a, quant à elle, choisi d’étudier à l’Académie française des cultures et des langues (AFCL, Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne). «Au-delà des nombreuses connaissances que cet institut nous apporte, c’est pour moi l’occasion de me ressourcer spirituellement, d’avoir un repère religieux, de fréquenter des musulmans. C’est comme une seconde famille.»
Ahmed, informaticien et étudiant au Centre d’études et de recherche sur l’islam (CERSI, Saint-Denis, Seine-Saint-Denis) justifie ce sentiment communautaire : «Tout le monde ressent le besoin de se retrouver dans un cadre familier et fraternel. Les jours de semaine, que l’on travaille ou que l’on soit étudiant, on doit constamment se justifier d’être musulman. À l’institut, on se retrouve dans un endroit où l’on se comprend, car on partage la même foi.» Plusieurs activités extrascolaires sont organisées, souvent à l’initiative des étudiants (veillées spirituelles, atelier de lecture, voyages). Des couples se sont formés, dit-on.
La plupart des instituts islamiques ont choisi d’adopter un système d’enseignement universitaire francophone et non pas traditionnel, comme c’est souvent le cas dans les mosquées. «Il y a un effort incontestable de la part des instituts à s’adapter au paysage universitaire français. Pourtant, notamment dans l’enseignement de la langue arabe, je trouve que c’est parfois archaïque, mais au fond, tout dépend du professeur», nuance Hayet. Ahmed partage la même opinion : «Tous les professeurs ont une histoire différente, certains ont fait leurs études dans un pays arabe, d’autres en France. Du coup, la méthodologie varie beaucoup d’un professeur à l’autre. C’est parfois déroutant.» Qu’en est-il du fond de ces enseignements ? «Le contenu est très poussé, l’institut s’inspire des programmes d’importantes universités islamiques présentes dans les pays musulmans», observe Aurélie. Mais pas tous : certains se veulent élitistes, et d’autres, plus populaires, explique-t-on.
La plupart des professeurs encouragent le débat, affirment les étudiants. «Le public est si hétérogène qu’il ne peut être toujours en accord avec le professeur, c’est l’occasion alors de débattre, de confronter nos opinions, de nous contredire», insiste Ahmed. Hayet est un peu plus sceptique : «Beaucoup de professeurs invitent les étudiants à donner leur avis. Pourtant, chez certains, on sent qu’il y a une petite réticence au dialogue sur des sujets épineux. Mais je ne sais pas si c’est parce qu’ils considèrent que le sujet est tabou ou si c’est parce qu’ils veulent éviter le conflit au sein de la classe et préserver l’harmonie du groupe».
Les instituts de formation musulmans qui proposent des cours de niveau universitaire en théologie musulmane sont de plus en plus nombreux. Ils répondent à une demande croissante, surtout de la part de jeunes adultes. Les formations (sciences islamiques, Coran, langue arabe, etc.) sont payantes, entre 150 et 1 300 euros l’année, selon les établissements et le type de cursus. Certains instituts proposent des formations non seulement en français, mais aussi en arabe, et attirent ainsi des étudiants étrangers. Plusieurs de ces instituts – pas celui de la Grande Mosquée de Paris.
Source: temoignagechretien