La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, l'avait annoncé, mercredi 10 octobre, à la Grande Mosquée de Paris, à l'occasion de la rupture du jeûne du ramadan.
Cet organisme, reconnu d'utilité publique, doté pour l'heure de 1 million d'euros de dons, est censé améliorer le fonctionnement de l'islam de France. Les fonds, collectés en France et à l'étranger, devraient être utilisés pour la construction et la rénovation des lieux de culte ainsi que pour le financement de la formation des cadres religieux, imams et aumôniers.
A la demande d'une partie de la communauté musulmane, un haut fonctionnaire du ministère de l'intérieur, spécialiste de l'islam, remplira les fonctions de directeur général aux côtés du président, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, par ailleurs à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM) jusqu'aux prochaines élections prévues au printemps 2008.
Afin de conserver les équilibres entre les composantes de l'islam français, les parties prenantes ont décidé, lundi 15, d'instaurer une présidence tournante et de confier, dans deux ans, la tête de la Fondation au vice-président de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), Fouad Alaoui.
La mise en place effective de la Fondation, dont le principe a été acquis en 2004, butait sur l'incapacité des musulmans à s'accorder sur le nom du président. L'enjeu est de taille : s'il fonctionne comme prévu, cet organisme pourrait devenir le bailleur de fonds du CFCM, dont le manque d'efficacité est souvent attribué, par ses membres, à "un manque de moyens", et orienter ses décisions et ses missions.
En "parrainant" la Fondation, le ministère de l'intérieur ne cache pas son ambition de parvenir à un maillage organisé du territoire concernant les constructions de mosquées.
A l'heure actuelle, des projets sont lancés tous azimuts - le ministère de l'intérieur estime qu'un lieu de culte musulman ouvre chaque semaine -, mais ils sont souvent interrompus faute de financement. Si le terrain est généralement mis à disposition des organisations musulmanes par les municipalités, les travaux de construction sont à leur charge.
"Je souhaite que soit élaboré un schéma directeur des implantations en étroite concertation avec les élus et notamment les maires, légitimement attentifs à ces questions", a insisté Mme Alliot-Marie.
Une cogestion assumée dans un courrier récent adressé par la ministre à M. Boubakeur : "L'Etat aidera la Fondation à élaborer un schéma directeur pour le développement des lieux de culte en fonction des données démographiques", y écrivait Mme Alliot-Marie.
Cette approche, qui ignore la diversité des courants susceptibles de vouloir créer leurs propres lieux de culte en dehors de considérations quantitatives, risque de créer de nouvelles tensions entre organisations musulmanes.
Source: Lemonde