«À la lumière de très nombreux témoignages sans équivoque, on peut maintenant tenir pour acquis que les jeunes filles ou les femmes qui le portent lui donnent des significations variées et obéissent à des motivations contrastées, dont certaines, il est vrai, ne s'accordent pas avec les valeurs dominantes de notre société», peut-on lire dans une version du document datée du 19 mars.
«Mais à vouloir combattre ces dernières situations, ne risque-t-on pas de léser d'autres citoyennes qui ont fait un choix parfaitement éclairé ? Car comment démêler sûrement les deux cas de figure ? Et, en tout état de cause, qu'advient-il de la liberté de chacun ou de chacune d'afficher ses convictions profondes ?» demandent les sages.
En conséquence, pas question de frapper qui que ce soit d'un interdit. «Le port de signes religieux à l'école ou à l'hôpital est un phénomène périphérique qui n'affecte en rien l'autonomie des établissements. Le retour de religieux que l'on craint ici n'a rien de comparable avec l'emprise de l'Église catholique exercée jadis», soutiennent les commissaires.
Selon le document que nous avons pu consulter, le rapport est divisé en six parties, elles-mêmes subdivisées en une douzaine de chapitres. De grands pans sont consacrés à déboulonner la version «stéréotypée» des événements qui ont marqué l'imaginaire, à faire l'état des lieux en matière d'accommodements et à passer à la moulinette les arguments anti-immigration.
«Plusieurs musulmans ont choisi de rester fidèles à leur religion, alors que la grande majorité des catholiques francophones ont choisi de délaisser leurs temples. En vertu de quel droit pourraient-ils obliger les premiers à en faire autant ?» demandent-ils encore.
MM. Bouchard et Taylor notent qu'il «y a peu d'exemples au Québec démontrant que des musulmans ont voulu imposer leurs valeurs et leur religion à des non-musulmans» et que les gens de cette confession ont beaucoup souffert des événements du 11 septembre 2001.
«Quant à la supposée absence de limites ou de balises, les tribunaux et les gestionnaires disposent de tous les moyens nécessaires. À eux de les appliquer et c'est ce qu'ils font - 50% des demandes ont été rejetées au cours des trois dernières années dans le milieu scolaire», signalent les commissaires.
Certaines critiques citoyennes trouvent cependant écho dans le rapport. Les sages ont ainsi entendu ceux qui sont contre le port de signes religieux chez les employés de l'État, contre la création d'écoles ethniques, et ils admettent l'importance de l'égalité homme-femme et qu'il faut se prémunir contre la menace terroriste.
«Il est vrai que, dans le passé, de mauvaises décisions ont été prises, notamment à l'égard de l'égalité hommes-femmes et de la mixité. Elles étaient le fait de gestionnaires insuffisamment formés à la gestion des rapports interculturels ou craignant la perspective d'être dénoncés dans les médias ou de se retrouver devant les tribunaux.»
«À moins que [les demandes pour motifs religieux] nuisent à autrui ou à l'intérêt public, ce serait aller contre le droit de liberté (et de pratique), reconnu par la charte québécoise et par le droit international [de les rejeter]. Nous pensons aussi que ce serait pratiquer une forme d'assimilation motivée par un esprit d'exclusion et d'intolérance.»
«Les demandes qu'on pourrait qualifier d'excessives sont le fait d'un manque d'information ou d'une inadaptation aux règles et à la culture de la société d'accueil. Pour le reste, il s'agit de simples equêtes d'ajustement formulées de bonne foi et qui doivent être traitées dans le même esprit, ce qui permet généralement d'arriver à une solution de rechange.»
Source: Canoe