"La sécurité est assez élevée. Ils ont inspecté absolument toutes mes affaires", confie le commerçant Hasmat, qui préfère ne donner que son prénom, après une fouille corporelle à l'aéroport de Urumqi, la capitale du Xinjiang.
Cette région, où vivent plus de 8 millions de musulmans turcophones, a été désignée par les autorités chinoises comme représentant une menace terroriste. Et la semaine dernière, un groupe séparatiste ouïghour a revendiqué plusieurs attentats, dont les explosions récentes de bus dans le Yunnan qui ont fait deux morts, menaçant de mener de nouvelles attaques durant les JO.
Pour se rendre à Xian, la ville célèbre pour ses guerriers de terre cuite, Hasmat a du obtenir des lettres de confirmation des sociétés qu'il comptait visiter afin d'obtenir son billet auprès d'une compagnie aérienne chinoise.
On lui a expliqué que cette contrainte avait été imposée par le gouvernement pour assurer la sécurité des JO, raconte Hasmat, habitué à voyager librement pour ses affaires.
"Tout ça c'est parce que je suis ouïghour. C'est injuste. Nous soutenons les JO aussi", dit le commerçant. Selon lui, les hommes d'affaires de l'ethnie majoritaire Han ne sont pas soumis à ce type d'obligations.
A l'aéroport d'Urumqi, une poignée de voyageurs ouïghours se mélange à la foule de Chinois d'ethnie Han.Beaucoup d'autres Ouïghours ne peuvent pas voyager tout court, selon un groupe d'exilés ouïghours basé en Allemagne.
"Ils ne peuvent pas acheter de billets. On leur dit que c'est complet", surtout à destination de Pékin, explique à l'AFP le porte-parole du Congrès ouïghour, Dilxat Raxit.
Selon lui, certaines fouilles au corps, notamment sur des femmes ouïghoures, ont suscité l'indignation des musulmans de la région. "Cela s'inscrit dans un schéma de discriminations à l'égard des Ouïghours, de la part des autorités chinoises, selon M. Raxit.
Le quartier général de la police à Urumqi n'était pas immédiatement joignable pour commenter. Une porte-parole de l'Administration de l'aviation civile en Chine a démenti en revanche toute restriction visant les déplacements des Ouïghours: "C'est impossible. D'après mes informations, ce règlement n'existe pas".
Depuis le début de l'année, la Chine a annoncé plusieurs démantèlements de cellules et arrestations de personnes présentées comme des terroristes. Mais selon des dissidents et défenseurs des droits de l'homme, le pouvoir central exagère cette menace pour faire taire toute contestation à la veille des JO.
Une femme ouïghoure d'une vingtaine d'années dit à l'AFP s'être vu refuser, à deux reprises, un billet de train pour Urumqi où elle vient de trouver un emploi. "On est nombreux à devoir laisser tomber tout ce qu'on a prévu, en attendant que les choses se calment", explique-t-elle.
Source: aujourdhuilachine