«L'initiative anti-minarets a un aspect émotionnel dangereux»

10:50 - August 11, 2008
Code de l'info: 1676181
Suisse(IQNA)- L'initiative qui veut interdire la construction de minarets, lancée par l'UDC Ulrich Schlüer et des représentants de l'Union démocratique fédérale(UDF), sera soumise à votation.
Stéphane Lathion, président et coordinateur du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse (GRIS), livre son analyse sur les dangers qu'elle peut receler.
Le Temps: Comment évaluez-vous le degré de nuisance de cette initiative? Est-elle dangereuse pour la paix religieuse et l'image de la Suisse?
Stéphane Lathion: Tout dépendra de l'écho qu'en donneront les médias suisses et étrangers. Elle est en soi un épiphénomène sur le plan de la politique suisse. Si certains UDC l'ont lancée, la plupart des ténors du parti ne la soutiennent pas, ce qui relativise son importance. En revanche, à l'étranger, où notre système politique est souvent mal compris, les pays concernés risquent de retenir le fait que «la Suisse n'aime pas les musulmans»...
- Craignez-vous des débordements comme lors de l'affaire des caricatures du Prophète Mahomet au Danemark?
- Non. J'espère qu'il n'y aura pas de tels dérapages. Mais nous ne sommes pas à l'abri de faits non maîtrisables: il suffit qu'un événement international, comme un attentat commis par des islamistes, se produise à quelques semaines de la votation pour que la campagne dérape. Et que ses partisans en profitent. L'aspect émotionnel peut être dangereux. Mais le texte en soi ne l'est pas: les minarets ne sont pas si importants pour les musulmans. Si l'initiative était acceptée, on ne casserait pas non plus les deux seuls minarets de Suisse... En revanche, il est primordial de ne pas céder au jeu émotionnel de la provocation.
- Mouammar Kadhafi vient de recommander à ses ressortissants de ne plus se rendre en Suisse «du fait des mesures arbitraires, du non-respect et de l'humiliation infligés par les autorités suisses aux citoyens arabes et libyens». Une allusion à l'initiative anti-minarets?
- Cette déclaration s'inscrit dans le cadre des menaces prononcées à la suite de l'arrestation de son fils Hannibal à Genève. Mais c'est bien possible qu'il fasse aussi référence à l'initiative. Plus les Suisses seront clairs dans leurs déclarations, plus le grand public et les gouvernements étrangers sauront faire la part des choses entre ce qui est provocation et ce qui ne l'est pas.
- Les «excès» de l'islam seront au centre de la campagne. Comment expliquez-vous le silence des musulmans modérés de Suisse?
- Le jour où l'Etat leur fera comprendre qu'ils ont vraiment une place en Suisse, ils oseront peut-être critiquer plus facilement ce qui constitue pour l'instant leur seul point d'attache. Mais il est vrai que les intégristes sont minoritaires en Suisse. Les autres, surtout les responsables associatifs, devraient sortir du bois pour défendre leurs valeurs.
- Que pensez-vous du dialogue que Christoph Blocher avait amorcé avec les musulmans?
- Stratégiquement, il a été très intelligent. L'idée au départ était bonne. Mais très vite, le thème de la sécurité a pris de l'importance sur celui de l'intégration, ce qui est maladroit. Le dialogue aurait par ailleurs dû être élargi et ne pas concerner que le Département de justice et police. Pour être efficace, un tel dialogue devrait aussi se faire sur le plan cantonal.
Source: letemps
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