Ajmal Masrour, un imam moderniste hôte du British Council à Beyrouth

10:38 - September 27, 2008
Code de l'info: 1691611
Liban(IQNA)- Dans le cadre des activités culturelles qu’il organise, le British Council a reçu, durant deux jours, l’imam Ajmal Masrour, un ressortissant britannique d’origine bengalie qui prône un islam moderne.
Promouvoir la convivialité et déclencher le dialogue entre les diverses parties, tels étaient, entre autres, les objectifs de la visite de l’imam Ajmal Masrour. Invité du British Council, Masrour effectue son deuxième séjour au Liban. Il s’était rendu plus tôt au cours de l’année à Dar el-Fatwa à l’invitation de l’institution culturelle britannique. Il avait rencontré des universitaires et des religieux.
L’imam Masrour prêche dans quatre mosquées de Londres. Issu d’une famille modeste de Bengalais émigrés en Angleterre au début des années cinquante, il est actuellement le président d’une fédération d’ONG relevant des Entreprises des communautés en action, spécialisées dans l’intégration et le développement communautaire.
Ce libéral prônant un islam moderne est souvent reçu par la BBC, la Channel 4, l’ITV et la CNN. Il écrit également pour plusieurs revues en ligne, notamment The Guardian on line et The New Statesman on line.
Dans la matinée de mardi au restaurant al-Saha, l’imam a déclenché le débat avec un groupe de jeunes appartenant à l’association al-Mabbarat relevant de l’uléma Mohammad Hussein Fadlallah. Lundi c’est à Tripoli, à la Fondation Safadi, qu’il a rencontré des jeunes venus de l’Université de Balamand, de l’Université libanaise et l’Université al-Jinan. À Tripoli et dans la banlieue sud de Beyrouth, le même thème a été discuté : «L’engagement et l’intégration dans la société libanaise.»
«Nous ciblons les jeunes parce que nous pensons qu’ils ont beaucoup de choses à dire et que ce sont eux qui construiront l’avenir», indique la responsable presse du British Council, Rana Moughabghab, à L’Orient-Le Jour. Soulignant que «le British Council est un organisme culturel par excellence», elle a noté que l’institution qu’elle représente considère que «l’avenir pour la Grande-Bretagne dépend de personnes de toutes les cultures qui vivent et qui travaillent ensemble».
Dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, l’imam Masrour a indiqué que «les rencontres avec les jeunes étaient intéressantes car elles avaient déclenché une discussion honnête et sincère». Il a estimé que ce genre de séminaires avec les jeunes constitue un bon début mais qu’on a besoin de beaucoup d’activités similaires pour que les gens se sentent en sécurité et parlent librement, surtout les jeunes. Le succès serait de savoir comment le débat sera poursuivi. «Ces séminaires constituent un début pour entamer un véritable dialogue», a-t-il estimé.
L’imam Masrour, qui prône un islam libéral et moderne, n’a pas peur des jugements des autres musulmans, que ce soit en Grande-Bretagne, en Asie ou au Moyen-Orient. «Dans ce cadre, il est plus facile de vivre en Grande-Bretagne qu’ailleurs car c’est un pays libre et démocratique. La liberté et la démocratie aident à progresser sur le plan religieux. L’islam est de loin plus progressiste dans les pays occidentaux qu’ailleurs grâce à la liberté d’expression», a-t-il indiqué. «Je n’ai pas à avoir peur des jugements des autres ou des chefs de guerre parce qu’en Occident la loi me protège», a-t-il ajouté.
«Au Royaume-Uni, je propose et je prône le changement, mais dans d’autres parties du monde il y a des barrières institutionnelles au changement, des tabous culturels… Au contraire, en Grande-Bretagne et en Europe, l’environnement encourage le changement», a-t-il indiqué.
Il faut que les musulmans du Royaume-Uni et d’Europe comprennent que l’islam devrait avoir une particularité locale et non des influences étrangères que les musulmans importent avec eux à partir de leur pays d’origine, a-t-il ajouté. Les musulmans de cette partie du monde devraient réaliser que la particularité locale(propre au pays d’accueil) est fondamentale à leur survie à long terme(en Europe), a-t-il poursuivi.
L’imam Masrour a indiqué également que les médias en Occident sont hostiles à la promotion d’un islam moderne, car ils ne mettent jamais l’accent sur les cas d’intégration réussie mais misent au contraire sur les problèmes de l’islam en Occident.
Il a aussi mis en cause les barrières institutionnelles qui empêchent les musulmans de progresser socialement en Occident et qui les obligent à vivre dans un cercle vicieux.
Il a noté également que les pays européens sont différents entre eux quand il s’agit de l’intégration des musulmans. Ainsi, en Grande-Bretagne, la population musulmane dans les prisons s’élève à 17 % alors qu’en France elle est de 60 %. «Soit le système d’intégration français ne fonctionne pas, soit les musulmans en France ont un grave problème», a-t-il dit, soulignant l’importance de parler sincèrement des difficultés afin de résoudre les problèmes qui existent.
«En Grande-Bretagne, nous avons créé une culture polychrome et c’est ainsi que l’on réussit l’intégration», a-t-il dit.
Extrêmement libéral, n’a-t-il pas peur d’être accusé d’être un pur produit de l’Occident ? «Oui je le suis, je suis un produit de l’Occident. Je suis né, j’ai été élevé et je vis en Occident mais je ne suis l’agent de personne. Je suis un musulman, un homme libre», souligne-t-il en conclusion.
Source: l'orient-lejour
captcha