La cérémonie officielle d’inauguration de la mosquée Mohammad el-Amine, samedi, a réuni un parterre exceptionnel de personnalités politiques et religieuses de tous bords, place des Martyrs, alors que les mesures de sécurité drastiques appliquées dans le centre de la capitale provoquaient un embouteillage monstre dans les rues de Beyrouth.
Au moment où de nombreux fidèles s’amassaient à l’entrée de l’édifice, le président de la Chambre, Nabih Berry, et le chef du Courant du futur, Saad Hariri, se sont recueillis devant la sépulture de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, située sur l’esplanade de la mosquée. Saad Hariri, Nabih Berry, le Premier ministre, Fouad Siniora, et le mufti de la République, Mohammad Kabbani, ont ensuite levé le voile sur une plaque à la mémoire de Rafic Hariri qui a été l’instigateur du projet de construction de la mosquée.
La cérémonie d’inauguration a été amorcée par la projection d’un documentaire sur la construction de l’édifice, avant que plusieurs orateurs ne se succèdent à la tribune, appelant à la coexistence, à la modération et au respect de l’autre.
Dans son discours, le mufti Kabbani s’est félicité de «la réalisation d’un rêve vieux d’un demi-siècle». «En dépit de toutes les ingérences, les Libanais ont réussi à préserver la paix civile, à libérer leur pays de l’occupation israélienne et à défendre leurs libertés (…). L’appartenance à l’arabité suppose des choix politiques et culturels déterminés que les musulmans libanais ont de tout temps respecté, à l’abri de la politique délétère des axes», a-t-il ajouté.
De son côté, le ministre du waqf saoudien, Saleh al-Cheikh, a exprimé «l’amitié de tout Saoudien pour le Liban, à commencer par le roi Abdallah ben Abdel-Aziz», rendant hommage à Rafic et Saad Hariri ainsi qu’au mufti Kabban.
L’imam de la mosquée égyptienne d’el-Azhar, Mohammad Sayyed Tantaoui, a pour sa part souligné que «le bien du Liban est celui de tous ses ressortissants, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou même bouddhistes». «Tout citoyen doit veiller à la paix dans son pays. La paix au Liban profite à toute la région», a-t-il ajouté.
Prononçant le discours du patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, le vicaire patriarcal Roland Abou Jaoudé a rendu hommage à la famille Hariri qui «a édifié au cœur de Beyrouth cette mosquée qui exalte la foi en Dieu et l’unité du Liban». «Les hommes pieux sont les mêmes, quelle que soit leur foi. Dans notre pays, les mosquées et les églises s’enlacent dans toutes les régions. Face à ce qui se passe en Irak, l’on ne peut que se demander : est-ce que ceux qui ont chassé 1 600 familles chrétiennes de Mossoul connaissent le Coran et apprécient les valeurs de l’Irak, depuis Gilgamesh jusqu’à Bader Chaker el-Sayyab ?» a-t-il lancé.
«Le malheur de l’Orient est dû à ce genre de catastrophes qui se répètent systématiquement, a noté Roland Abou Jaoudé. Nous appelons l’ONU et la Ligue arabe à assumer leurs responsabilités dans la protection des minorités.»
Pour sa part, le vice-président du Conseil supérieur chiite, Abdel-Amir Kabalan, a salué la mémoire de Rafic Hariri, «l’homme des missions qui a brisé tous les complots et collaboré avec tous les régimes arabes pour sauver le Liban». «Avant d’édifier une mosquée, ce grand homme s’est chargé de fournir l’enseignement gratuit à des milliers de jeunes, toutes confessions confondues», a-t-il ajouté.
«La science et le savoir sont les véritables sources de la force, a estimé Abdel-Amir Kabalan. Nous sommes les seuls à avoir affronté Israël. Et nous devons nous habituer à collaborer ensemble, loin du confessionnalisme. J’ai été le premier à prier dans cette mosquée et non le mufti Kabbani, car Dieu ne distingue pas les chiites des sunnites, ou les musulmans des chrétiens. Nous devons rester unis face à Israël. Et nous appelons les régimes arabes à soutenir la résistance qui n’est ni sunnite ni chiite, mais islamique, chrétienne et arabe.»
S’exprimant au nom du patriarche Ignace IV Hazim, le métropolite de Beyrouth Élias Audi a rappelé que «toutes les religions appellent à l’unité et à la tolérance». «N’est-il donc pas temps de restaurer notre unité, de nous rallier tous autour de notre pays ?» s’est-il interrogé.
Le cheikh Akl de la communauté druze, Naïm Hassan, a quant à lui insisté sur le fait que «les tensions confessionnelles mènent à la confrontation, alors que la coexistence est source de créativité». «Nous devons mépriser les mesquineries pour le bien du Liban et de ses fils», a-t-il poursuivi.
De son côté, le représentant du patriarche Grégoire III Lahham, l’évêque grec-catholique Youhanna Haddad, a salué les réconciliations «entre les différentes communautés». «Le peuple répondra favorablement aux efforts déployés par les sages pour faciliter les retrouvailles. Et nous espérons que ces réconciliations puissent rétablir l’aura du Liban», a-t-il souligné.
Le mufti de Jérusalem, Mohammad Hussein, a quant à lui appelé à l’unité du peuple palestinien «pour le bien de la Palestine et de la nation arabe».
Le député Saad Hariri a de son côté affirmé que Rafic Hariri «avait voulu que la mosquée Mohammad el-Amine soit un lieu de culte, de culture et de dialogue». «Cette mosquée couronne le processus de reconstruction de Beyrouth. Le cœur de la capitale s’était transformée en arène de guerre et en symbole de divisions. Mais Rafic Hariri a voulu rétablir l’unité du Liban à partir du cœur de Beyrouth où le son des clochers se confond avec les chants des muezzins», a-t-il ajouté.
«Voilà que Beyrouth se redresse de nouveau et offre au monde un prototype de coexistence que nous devons protéger à tout prix, a-t-il souligné. Cette mosquée symbolisera la modération au Liban et dans le monde. Et nous ne ménagerons aucun effort pour serrer nos rangs et ouvrir une nouvelle page», a-t-il déclaré.
Saad Hariri a en outre exprimé sa douleur face «aux crimes commis à Mossoul et à Acca». «Ceux qui ont tenté de semer la discorde entre sunnites et chiites en Irak cherchent aujourd’hui à porter atteinte aux chrétiens afin d’anéantir la pluralité de ce pays et le rôle pionnier des chrétiens d’Orient. La logique de l’alliance des minorités ne mène à rien, et encore moins la soumission aux projets qui n’ont rien à voir avec l’arabité. Nous devons œuvrer pour que nos frères chrétiens d’Irak puissent retrouver le rôle prépondérant que jouent les chrétiens au Liban», a-t-il souligné.
«Le rêve de Rafic Hariri se réalise aujourd’hui. Quant à ses assassins, le jugement de Dieu les attend et le tribunal international les guette», a-t-il conclu.
Par ailleurs, le chef du Courant du futur a offert un déjeuner à Koraytem aux personnalités qui ont pris part à l’inauguration de la mosquée Mohammad el-Amine. Il a en outre reçu le président du diwan du wakf sunnite d’Irak, Ahmad el-Samaraï, le président du diwan du wakf chiite irakien, Saleh el-Haïdari, le chargé d’affaires irakien, el-Manhal el-Safi, et le directeur général du wakf chiite irakien, Ammar el-Moussaoui. Il a également reçu le ministre du wakf yéménite, Abdel-Hamid el-Hattar, et le ministre du waqf palestinien, Jamal Bawatneh.
Soulignons enfin que la mosquée Mohammad el-Amine a accueilli deux conférences sur le thème des «Musulmans et l’union nationale » et des « Musulmans au Liban, la vie religieuse et les relations arabes et islamiques». Le ministre de l’Information, Tarek Mitri, le prélat Youssef Mouannès, le secrétaire général du comité national du dialogue islamo-chrétien, Mohammad Sammak, et l’uléma chiite Hani Fahes ont pris part à la première conférence. Les académiciens Radwane el-Sayyed, Issam Chbaro et Hicham Nachabeh ont, quant à eux, participé à la seconde table ronde.
Source: lorient-lejour